La Chine déplace des fleuves entiers pour alimenter ses villes du nord
Malgré d’importantes ressources hydriques, la Chine est confrontée à une crise de l’eau structurelle. Le sud, riche en grands fleuves tels que le Yangtsé, contraste avec le nord, où se concentrent mégapoles et activités agricoles, et qui souffre d’un manque chronique d’eau. Ce déséquilibre, reconnu depuis longtemps par le gouvernement de Pékin, a conduit à des initiatives ambitieuses.
Pour remédier à cette situation, la Chine a lancé le « projet de transfert d’eaux du sud au nord », l’un des plus vastes projets d’ingénierie au monde. Ce système complexe de canaux, barrages et conduites vise à acheminer l’eau du sud vers les régions arides du nord sur des milliers de kilomètres, entraînant des conséquences notables pour les habitants et l’environnement.
Après plus de dix ans de travaux débutés au début des années 2000, deux axes principaux sont déjà opérationnels. Depuis 2013 et 2014, ces infrastructures ont permis de transférer d’importants volumes d’eau vers des villes comme Pékin et Tianjin, qui dépendent désormais de ces systèmes pour leur approvisionnement en eau.
Ce projet répond à un défi majeur : bien que la Chine abrite près de 20 % de la population mondiale, elle ne dispose que de 6 % des ressources mondiales en eau douce. Ces ressources sont inégalement réparties, avec une forte concentration de la population et de l’agriculture dans le nord, mais peu d’eau disponible. Dans certaines zones, la situation est déjà critique, le volume d’eau disponible par habitant dans le nord-est étant largement inférieur aux seuils définis par les Nations unies pour des situations de pénurie sévère.
Des bouleversements majeurs
Le bilan de ce projet est mitigé. D’une part, il a amélioré l’accès à l’eau, soutenu l’activité économique et contribué à la reconstitution partielle de certaines nappes phréatiques. D’autre part, des coûts humains considérables sont à déplorer, avec des centaines de milliers de personnes déplacées pour faire place aux vastes infrastructures. La simple augmentation de la taille du réservoir de Danjiangkou a nécessité la relocalisation de 350 000 personnes. De plus, des écosystèmes entiers ont été perturbés, et certaines régions du sud, qui fournissent l’eau au nord, commencent à ressentir des effets négatifs en étant privées de cette ressource essentielle.
Face à ces défis, la Chine envisage une troisième route à travers le plateau tibétain, une région souvent qualifiée de « château d’eau de l’Asie ». Ce projet, encore en phase d’étude, pose d’importants défis techniques liés à l’altitude, aux conditions climatiques et aux risques sismiques.
Les implications internationales sont également préoccupantes. Plusieurs fleuves majeurs prenant leur source au Tibet traversent d’autres pays, comme l’Inde ou le Bangladesh. Des détournements d’eau pourraient affecter l’approvisionnement de millions de personnes en aval.
Enfin, de nombreux experts soulignent qu’une approche trop centrée sur des solutions techniques pourrait ne pas suffire. Ils suggèrent que la Chine devrait davantage investir dans la réduction de la consommation d’eau, notamment dans le secteur agricole, qui reste le principal consommateur d’eau.
Le changement climatique constitue un dernier paramètre à prendre en compte. La fonte des glaciers tibétains pourrait, à court terme, augmenter les débits, mais entraîner à long terme une diminution des ressources, remettant en question la viabilité de ces mégaprojets.
Source : Slate.
