
De BNP Paribas au Crédit Agricole : la carte bancaire biométrique arrive en France. Comment fonctionne l’empreinte digitale à la place du code, qui peut en profiter et à quel prix ? Et pourquoi BNP a déjà fermé les souscriptions ? On vous dit tout.
[Mis à jour le 4 juin 2026 à 11h56 : la Société Générale nous a contactés pour apporter des précisions sur le statut de son expérimentation.]
La carte bancaire biométrique n’est plus un concept de salon technologique. Les premières expérimentations en France remontent à 2012, et Thales avait déjà présenté sa solution avec BNP Paribas en 2021. Aujourd’hui, quelques banques la déploient progressivement en France, sur fond d’une ambition plus large de Mastercard : supprimer le code à quatre chiffres et la saisie manuelle du numéro de carte d’ici 2030.
Comment ça fonctionne concrètement
La technologie est développée par Thales, dont les équipes assemblent ces cartes à La Ciotat. L’épaisseur reste identique à une carte classique (0,76 mm, norme ISO 7810 oblige), mais l’intérieur est radicalement différent : un capteur d’empreinte digitale, une antenne NFC, une puce sécurisée. La carte n’a pas de batterie : elle puise l’énergie dont elle a besoin dans le champ électromagnétique du terminal de paiement, en quelques dizaines de millisecondes.
Les empreintes ne quittent jamais la carte. Elles sont stockées sous forme chiffrée dans une puce sécurisée, et ni la banque, ni le commerçant, ni aucun serveur distant n’y accèdent. « Le système biométrique, c’est unique. Cela vous appartient, et c’est donc plus difficile à contourner », résume Clara Campos, experte en cybersécurité.
Pour utiliser la carte, il faut d’abord enregistrer ses empreintes, une étape appelée enrôlement. Selon les banques, cela se fait soit en agence, soit à domicile via un petit lecteur envoyé par courrier. Le Crédit Agricole permet d’enregistrer jusqu’à deux empreintes, généralement les deux pouces. Une fois l’enrôlement effectué, le paiement sans contact fonctionne sans limite de montant, dans le cadre des plafonds habituels de la carte.
Qui peut y accéder et à quel prix ?
Le déploiement reste pour l’instant concentré sur les gammes premium. Chez BNP Paribas, la carte biométrique était proposée en option pour les détenteurs d’une Visa Premier (144 euros par an), avec un surcoût annuel de 24 euros. La commercialisation a cependant été fermée à partir du 8 décembre 2025. Le Crédit Agricole la propose aux porteurs de Mastercard Gold Débit Différé et Mastercard World Elite Débit Différé. La Société Générale a été la première banque française à expérimenter la carte biométrique, dès 2018.
Le code à quatre chiffres ne disparaît pas pour autant : il reste disponible pour les retraits au distributeur et les situations où le capteur est hors d’usage. Les néobanques comme Revolut ou N26 sont pour l’instant hors du jeu, le coût de fabrication d’une carte biométrique restant incompatible avec leur modèle économique sans cotisation.
La Vision 2030 de Mastercard : bien au-delà de l’empreinte
La carte biométrique fait partie d’un chantier plus vaste. En novembre 2024, Mastercard a officialisé sa feuille de route européenne : d’ici 2030, l’entreprise vise la suppression complète de la saisie manuelle du numéro de carte à 16 chiffres et des codes à usage unique par SMS pour les paiements en ligne. Actuellement, trois transactions e-commerce Mastercard sur cinq en Europe sont déjà tokenisées.
La fraude en ligne représente aujourd’hui sept fois plus de transactions frauduleuses qu’en magasin, selon les données de Mastercard. C’est là que se joue l’enjeu réel, pas tant dans le paiement en caisse où le taux de fraude sur carte est déjà inférieur à 0,05 % en France.
La vraie bataille : tenir tête à Apple Pay et Google Pay
Apple Pay et Google Pay sécurisent déjà leurs paiements par empreinte ou reconnaissance faciale depuis des années. Face à ces wallets mobiles, les banques traditionnelles jouaient jusqu’ici une partie difficile. La carte biométrique leur permet d’aligner l’expérience du plastique sur celle du smartphone, tout en améliorant l’accessibilité pour les personnes aveugles ou malvoyantes.
Au prochain renouvellement de votre carte, si votre banque vous propose cette option, rien ne vous obligera à l’accepter : le code à quatre chiffres restera disponible pour ceux qui le souhaitent.
Source : 01net

