Kyriakos Pierrakakis : « Nous avons payé très cher le populisme »
Le 13 juillet 2015, les membres de la zone euro parvenaient à un accord sur un troisième plan d’aide pour sauver la Grèce de la faillite, en échange de réformes drastiques. Ce compromis visait à éviter une sortie dramatique de l’Union européenne. Une décennie plus tard, Athènes a réussi à tourner la page de cette période difficile et affiche un redressement économique notable. En décembre dernier, Kyriakos Pierrakakis, ministre de l’Économie et des Finances grec, a été désigné à la tête de l’Eurogroupe, un symbole fort de ce renouveau.
De passage à Paris en juin lors d’une réunion de l’OCDE, Pierrakakis a évoqué la trajectoire de son pays. Le gouvernement du Premier ministre Kyriákos Mitsotákis prévoit une croissance de 2 % pour cette année, soit le double de la moyenne européenne.
Kyriakos Pierrakakis a vécu la crise financière de 2008 aux États-Unis, avant de revenir en Grèce en 2009, au début de la crise de la dette souveraine. Il souligne que cette période a été marquée par un coût social et économique lourd, avec une perte de 25 points de PIB, comparable à la Grande Dépression américaine.
Concernant les sacrifices exigés par la Troïka, il admet que certains éléments étaient nécessaires, mais il critique la sévérité des mes d’austérité. Selon lui, l’héritage de cette période a révélé l’échec du modèle économique basé sur la consommation, sans innovation ni exportations. Il note également que le personnel politique grec n’a pas su gérer la crise, culminant avec le référendum de 2015.
Aujourd’hui, la Grèce a créé plus d’un demi-million d’emplois depuis 2019 et atteint un taux de chômage historiquement bas. Pour 2026, le pays table sur une croissance deux fois supérieure à celle de la zone euro, malgré les défis posés par la crise au Moyen-Orient.
En matière d’endettement, la Grèce a réussi à réduire sa dette publique, qui dépassait les 200 % du PIB en 2020. Le pays prévoit de passer sous les 140 % cette année et sous les 120 % d’ici 2029, tout en dégageant des excédents primaires.
Les succès de la Grèce reposent sur la stabilité politique et une culture des réformes. Les exportations représentent désormais 42 % du PIB, contre 21 % en 2009, tandis que les investissements ont augmenté de 11 % à 17 % du PIB.
En ce qui concerne les politiques européennes, Pierrakakis insiste sur la nécessité d’améliorer la visibilité des bénéfices concrets pour les citoyens, tels que le programme Erasmus. Il souligne également l’importance de renforcer les banques européennes pour soutenir la croissance et l’emploi.
Enfin, bien que la France soit sous pression en raison de son déficit et de sa dette publique, Pierrakakis ne voit pas de similitudes directes avec la Grèce d’avant crise, en raison de la capacité d’innovation du pays.
Source : L’Express