Naissance du Blufunk : Keziah Jones et son tube « Rhythm is Love »
Quand on arrive dans un salon de l’AC Hôtel Ambassadeur à Juan-les-Pins, où il nous attend, on note que Keziah Jones ne s’est pas départi de ses deux incontournables accessoires. Un chapeau, pour le style, et une guitare, pour tout le reste. À 58 ans, le Nigérian qui a commencé par s’installer dans les couloirs du métro de Paris pour faire entendre sa musique, a l’intention de jouer encore longtemps, très longtemps.
Lui qui s’est souvent produit dans la région, et que l’on retrouvera aux Nuits de Robinson, le 4 août à Mandelieu, ne cachait pas son plaisir d’avoir été programmé à Jazz à Juan, ce jeudi soir.
« Tous les grands sont passés ici, je me sens vraiment en bonne compagnie. Je suis très privilégié et heureux d’être ici. En plus des musiciens, beaucoup d’auteurs américains sont venus dans la région aussi. Je ressens une affinité avec eux, pour leur histoire et leur capacité à transmettre la culture noire au monde », nous as-t-il d’entrée.
1992, la naissance du blufunk et une chanson d’amour qui a fait mouche
Keziah Jones a donné naissance au blufunk, un genre hybride dont il a posé les bases à partir de 1992, avec un premier album baptisé Blufunk is a Fact !. Pour lui, créer sa propre étiquette semblait relever de l’évidence.
« Quand j’étais jeune au Nigeria, chacun développait son propre style. King Sunny Ade avait le syncro system, Fela Kuti a inventé l’afrobeat. Moi, j’ai appelé ce que je faisais le blufunk. C’est basiquement le fait de réunir la percussion, la basse et la guitare en même temps. Quand je jouais dans la rue, cela avait beaucoup de sens d’avoir mon propre style, de pouvoir exprimer ma sensibilité dans mon propre monde. »
Ce monde, le grand public y est entré grâce à un single inoubliable présent sur son premier album, Rhythm is Love. Trente-cinq ans après la sortie de ce hit, il revient sur son histoire.
« J’étais amoureux d’une femme plus âgée que moi, et je ne l’intéressais pas. Je me suis servi de cette chanson pour transformer mes sentiments envers elle en quelque chose de réel. La musique permet cela aussi, j’imaginais qu’elle et moi étions ensemble. Les femmes nous poussent souvent à faire des choses incroyables, vous savez. »
Il ajoute qu’il a eu la chance de retrouver cette femme lorsqu’il est rentré au Nigeria pour expliquer à son père qu’il voulait faire de la musique sérieusement.

Un nouvel album d’ici la fin de l’année
Après une décennie de silence, un départ de sa maison de disques et le besoin de savoir où il en était, tout en nourrissant son appétit pour d’autres disciplines artistiques (il peint et dessine), Keziah Jones est revenu l’an dernier avec Alive & Kicking, un disque mêlant captations live, reprises de The Police et Rick James, ainsi que deux inédits, Rainy Saturday et Melissa.
À la fin de l’année, il reviendra avec un album composé de chansons originales. « Ce sera du blufunk, mais avec un côté digitalisé. Le résultat sera intéressant, on commence à jouer quelques morceaux en live, comme ici à Juan. »
Aux premières loges du « boom » nigérian
Sans dévoiler de grands secrets, il nous indique que quelques invités pourraient se joindre à lui pour l’occasion.
De nombreux artistes nigérians, tels que Wizkid, Burna Boy, Davido ou Omah Lay, jouissent aujourd’hui d’une immense popularité sur la scène internationale. « Cette génération fait des choses incroyables, je l’avais senti venir à partir du moment où j’ai vu mes neveux et nièces se mettre à créer de la musique seulement à partir de leur ordinateur. Je suis très fier de ce que ces artistes ont accompli. Ma génération a dû venir en Europe pour s’imposer, eux l’ont fait depuis le Nigeria. »
Keziah Jones réfléchit également sur la raison pour laquelle la France a tant aimé sa musique. « Peut-être que la combinaison de ma musique très énergique, mon style de jeu à la guitare et ma façon de m’habiller ont compté. Pour moi, Paris a en tout cas été une grande influence, je pensais souvent aux auteurs américains comme James Baldwin ou Richard Wright qui s’étaient inspirés de la ville. »
Keziah Jones en concert : Le 4 août à Mandelieu, aux Nuits de Robinson.
Source : Nice-Matin
