À Kaboul, les bombes et les décrets s’abattent sur les femmes

À Kaboul, les bombes et les décrets s’abattent sur les femmes

Invitée mardi au point de presse quotidien de l’ONU, Susan Ferguson, représentante d’ONU Femmes en Afghanistan, a dressé depuis Kaboul un constat alarmant : « Pour les femmes et les filles en Afghanistan, 2026 s’annonçait déjà comme une année extrêmement difficile. Désormais, avec le conflit au Moyen-Orient et les hostilités en cours avec le Pakistan, beaucoup font face à encore plus de traumatismes et de difficultés. »

La veille, une frappe aérienne attribuée aux forces pakistanaises a touché un centre de soins pour personnes dépendantes dans la capitale afghane, faisant de nombreuses victimes. La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) a confirmé que l’attaque avait visé l’hôpital Omid, entraînant des dizaines de morts et de blessés. La mission rappelle qu’« en vertu du droit international, les attaques contre les hôpitaux et les installations civiles sont strictement interdites ».

Depuis fin février, l’Afghanistan est pris dans une double spirale de violence : à l’ouest, le conflit résultant des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, et à l’est, une escalade militaire avec le Pakistan, qui accuse les talibans d’abriter des combattants du Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP). Selon la MANUA, au moins 76 civils ont été tués et 213 blessés dans ces violences avant même le bombardement de lundi à Kaboul.

Déplacements à répétition, vies disloquées

Dans l’est du pays, plus de 64 000 personnes ont été affectées par l’escalade militaire dans quatre districts frontaliers, « un peu plus de la moitié étant des femmes et des filles », a précisé Mme Ferguson. Certaines ont déjà été contraintes de quitter leur domicile au moins une fois au cours de l’année écoulée, notamment après le séisme d’août 2025.

« Pour beaucoup de femmes, c’est la deuxième, voire la troisième fois qu’elles fuient au cours de l’année écoulée », a-t-elle ajouté. Sur les routes, elles craignent « la violence ou l’exploitation », tandis que l’accès aux services de base – santé, eau, moyens de subsistance – s’effondre.

À l’ouest, l’ONU anticipe une nouvelle vague de retours depuis l’Iran, avec des femmes seules ou accompagnées d’enfants qui devraient affluer vers une frontière déjà sous tension. Dans ce contexte, le Programme alimentaire mondial (PAM) a lancé une réponse d’urgence pour plus de 20 000 familles déplacées.

Une crise économique qui frappe d’abord les femmes

La violence militaire s’accompagne d’une pression économique croissante. « Les femmes et les filles en Afghanistan ne peuvent tout simplement pas se permettre un nouveau choc économique », a averti Mme Ferguson. Déjà, 10,7 millions d’entre elles avaient besoin d’une assistance humanitaire en 2026. La hausse des prix liée aux conflits régionaux menace désormais l’accès à la nourriture.

Les ménages dirigés par des femmes, particulièrement vulnérables, sont en première ligne. ONU Femmes tente d’élargir les aides en espèces et de distribuer des kits de première nécessité, mais fait face à un déficit de financement de 50 %.

Un système juridique qui entérine la violence

Mme Ferguson a également dénoncé un récent « décret numéro 12 » qui « supprime formellement l’égalité entre les hommes et les femmes devant la loi » et autorise des formes de violence domestique. Selon ce texte, les figures masculines peuvent exercer une « discipline morale » en dehors des institutions judiciaires, rendant l’accès à la justice quasi impossible pour les femmes.

Les chiffres indiquent déjà un recul significatif : seuls 14 % des femmes déclarent avoir accès à des mécanismes formels de règlement des litiges, contre 53 % des hommes.

Le risque de l’habitude

Au-delà de l’urgence humanitaire et juridique, Mme Ferguson a pointé le danger de la normalisation de la violence. « Quand nous commençons à accepter cela comme normal, nous cessons de croire que cela peut changer », a-t-elle averti. Dans un pays confronté à « la crise des droits des femmes la plus grave au monde », cette banalisation pourrait s’avérer fatale.

Malgré les restrictions, les agences poursuivent leurs activités, souvent à distance ou via des ONG locales. En 2025, plus de 350 000 femmes ont ainsi pu accéder à des services essentiels grâce à ONU Femmes. Cependant, le mandat de la MANUA a été renouvelé seulement pour trois mois, signe des divisions persistantes sur la stratégie à adopter face aux talibans.

« Le changement est encore possible, mais seulement si le monde continue de se tenir aux côtés des femmes afghanes », a plaidé Mme Ferguson.

Source : ONU Femmes

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