Jérôme Clément-Wilz et la caméra comme preuve
Documentariste engagé, Jérôme Clément-Wilz explore des thématiques souvent occultées par la société. Avec son film Ceci est mon corps (2024), il se penche sur son propre vécu en tant que victime d’abus sexuels commis par un prêtre, Olivier de Scitivaux, à Orléans. Le film retrace cinq années de procédure judiciaire, mettant en lumière l’épuisement et la complicité de l’entourage.
Pourquoi le cinéma documentaire ? Qu’est-ce que l’image peut faire que les mots seuls n’auraient pas fait ?
Clément-Wilz souligne que le cinéma documentaire permet une rencontre avec des vécus minorisés. Il explique que son œuvre vise à offrir une existence au présent aux personnages, souvent réduits à des stéréotypes. En donnant la parole à des victimes, il souhaite briser les idées préconçues et montrer la complexité de leur vécu.
Et cette idée de « trace » en quoi est-elle nécessaire pour réparer ?
Selon lui, un documentaire constitue une trace qui a une valeur politique. Il cite un podcast féministe qui l’a inspiré : « Quoi qu’il vous arrive, écrivez-le, parce que ce qu’on va essayer de vous le voler à nouveau. » Son film vise à préserver sa propre histoire face à une société qui tente souvent de l’effacer.
Frank Barat et l’esthétique de l’engagement
Clément-Wilz se reconnaît dans l’idée d’une « esthétique de l’engagement ». Il affirme que le cinéaste doit être à la fois présent et vulnérable, afin de ne pas exploiter la souffrance des autres.
Ce film t’a coûté quelque chose que tu n’avais pas anticipé ?
Le réalisateur admet que le film a révélé bien plus de traumatismes qu’il ne l’avait prévu. Il a dû faire face à l’absence de soutien de ses proches, ce qui lui a fait prendre conscience de la profondeur de son expérience. En tant que documentariste, il s’efforce de rester ouvert aux réalités du vécu, qui peuvent être à la fois douloureuses et belles.
Source : Interview de Jérôme Clément-Wilz
