L’humour raciste existe – à propos d’une image publiée dans Charlie Hebdo
Par Anne Lafont
La caricature de Rokhaya Diallo en Joséphine Baker ceinturée de bananes, parue dans un hors-série de Charlie Hebdo, accuse la journaliste noire de faire partie des « fossoyeurs de la laïcité » à la française. Cette image réactive des stéréotypes misogynes hérités de l’époque coloniale, révélant ainsi la persistance du racisme et l’échec d’un humour censé être satirique.
La force d’une image raciste est toujours déconcertante, car elle matérialise une agressivité latente et utilise des ressorts visuels et idéologiques que l’on croyait révolus. La société semblait avoir convenu que les caricatures racistes, qu’elles soient explicites ou implicites, ne pouvaient plus trouver leur place dans l’espace public, qui doit être un bien commun exempt de toute intention avilissante. La loi de 1881 sur la liberté de la presse, toujours en vigueur, vise à garantir la sécurité civique et à protéger cet espace.
L’avenir déterminera si cette caricature enfreint la loi, notamment si Rokhaya Diallo ou des associations antiracistes décident d’agir. Il est cependant évident que l’inspiration et le schéma iconographique de cette caricature relèvent d’une idéologie raciste. Ce phénomène rappelle d’autres cas, comme celui de Valeurs actuelles en 2020, qui avait réduit la députée Danièle Obono à un personnage d’esclave africaine, ou le dessin de Charb en 2013, où Christiane Taubira était représentée avec un corps de singe. Ces exemples illustrent la résurgence d’une imagerie raciste ancrée dans l’histoire.
Source : AOC