Handicap : le silence, une autre idée des vacances

Handicap : le silence, une autre idée des vacances

Pour certaines personnes vivant avec un handicap ou une maladie chronique, le choix des vacances commence par celui d’un environnement calme. Une façon de limiter la surcharge sensorielle et de retrouver un véritable temps de récupération.

Les premiers vacanciers s’installent sur la plage. Les enfants courent déjà vers la mer, les conversations se mêlent aux cris des mouettes tandis qu’une enceinte portable ajoute sa musique au brouhaha de la plage. Une femme observe la scène quelques instants puis s’éloigne. Derrière la grille du parc Gulbenkian, à Benerville-sur-Mer (Calvados), le contraste est saisissant. Créé par la Fondation Calouste Gulbenkian, ce jardin paysager de quatre hectares offre un véritable havre de paix. Sous les grands arbres, seuls le bruissement des feuilles, le chant d’un merle et le craquement du gravier accompagnent sa promenade. Ici, l’été a gardé une tout autre sonorité. Emmanuelle, hypersensible aux sons, préfère débourser quelques euros pour accéder à ce refuge de verdure plutôt que de s’installer sur une plage bondée. Elle confie : « Ce que je viens chercher en vacances, c’est le calme et le silence, sinon je craque. »

Ce besoin de calme concerne diverses réalités, notamment dans certains troubles du neurodéveloppement, comme les troubles du spectre de l’autisme, mais aussi dans l’hyperacousie, les acouphènes, certaines séquelles de traumatisme crânien ou la migraine. D’autres personnes, confrontées à des troubles anxieux ou des maladies psychiques, recherchent également des environnements apaisés. Marie Romanens, psychothérapeute, souligne que « nous ne sommes pas faits pour être envahis par tant de bruits. » Cette aspiration au calme répondrait à un besoin ancien de renouer avec un rythme naturel.

Une étude de l’INSEE révèle qu’environ 15 % des Français vivent avec un handicap, et parmi eux, une part significative ressent une fatigue liée à la surcharge sensorielle. Valérie Rozec, docteure en psychologie de l’environnement, rappelle que la sollicitation permanente du bruit contribue à la fatigue mentale, particulièrement chez les personnes sensibles aux stimulations sensorielles. Il est donc crucial de ménager des pauses au calme pour permettre au cerveau de récupérer.

Les choix de vacances incluent des hébergements isolés, l’utilisation de casques antibruit ou des bouchons d’oreilles, et la recherche de lieux propices au calme, souvent en milieu naturel. Ces précautions sont essentielles pour préserver l’énergie et profiter pleinement du séjour. La Maison de l’autisme recommande également de voyager hors saison et de préparer son environnement sensoriel à l’avance.

Pour beaucoup, ces choix ne relèvent pas du confort, mais de l’accessibilité. Qu’il s’agisse de marcher sur une plage déserte ou de s’accorder des moments à l’écart, ces stratégies permettent aux personnes en situation de handicap de profiter de vacances réparatrices sans s’épuiser.

Le silence, pour beaucoup, se niche dans le ressac des vagues ou le souffle du vent dans les arbres. Même au cœur de l’été, des plages préservées et des sentiers forestiers offrent des moments de tranquillité. David Le Breton, sociologue, souligne que le silence permet de retrouver une présence à soi-même et au monde.

Enfin, il est essentiel de trouver un environnement qui réponde à ses besoins personnels. Pour certains, cela peut être une plage au lever du soleil ou un jardin d’abbaye. Michel Le Van Quyen, neuroscientifique, conclut que « le cerveau a besoin de silence pour se régénérer. C’est un besoin biologique fondamental. »

Source : Cerveau & Psycho, INSEE

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