À l’Ehpad des Feuillants, la victoire après cent sept jours de grève

À l’Ehpad des Feuillants, la victoire après cent sept jours de grève

1 700 euros nets – prime Ségur comprise

C’est le montant que touchait une aide-soignante avec sept ans d’ancienneté à l’Ehpad des Feuillants à Poitiers, dans la Vienne. Victimes de la dévalorisation qui touche l’ensemble des professions féminisées, notamment celles du soin, les personnels de cet établissement du groupe Vivalto Vie étaient par ailleurs moins bien payés que certains de leurs homologues, avec des rémunérations parfois inférieures de 200 euros mensuels et des indemnités liées au travail dominical jusqu’à quatre fois plus basses, ce qui est significatif pour ceux qui travaillent un week-end sur deux.

Faute de réponse de la direction à leurs revendications d’augmentations salariales, face à une inflation galopante rendant leur situation intenable, et à des conditions de travail éprouvantes, les salarié·es se sont mis·es en grève le 24 février 2026.

Rester déterminé·es face aux stratégies d’invisibilisation

Refusant dans un premier temps de répondre aux revendications des salarié·es, la direction a mis en place des stratégies pour briser le mouvement, en recourant à des intérimaires et en réquisitionnant des salarié·es, sans succès. Plus déterminé·es que jamais, les salarié·es ont poursuivi la lutte, en organisant diverses actions pour combattre la stratégie patronale d’invisibilisation.

Des pique-niques sur le piquet de grève, des événements durant le marathon de Poitiers, et un « barbecue combatif » sur le parvis du palais de justice ont été organisés pour faire entendre leurs voix. Au lendemain du cinquantième jour de grève, les grévistes se sont même rendus au siège du groupe Vivalto Vie à Paris, sans obtenir de réponse de la direction, prétendument « en télétravail ».

Les salarié·es ont reçu de nombreux soutiens, tant au niveau local que national, y compris de la CGT. Son 54e congrès a voté à 99,36 % une motion de soutien aux grévistes de la Vienne le 2 juin.

La grève a payé

À l’issue de cent sept jours de grève, après des négociations infructueuses nécessitant l’intervention de la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets) comme médiatrice, les salarié·es ont obtenu des avancées significatives.

Les salarié·es ont notamment réussi à obtenir :

  • La transformation des primes en un « complément contractuel pérenne de 75 euros bruts mensuels » garantissant une reconnaissance durable des qualifications.
  • Le quasi-doublement de l’indemnité de sujétion pour le travail les dimanches et jours fériés, passant de 2,90 à 5,44 euros par heure.
  • La prise en compte des revendications sur les conditions de travail, avec l’installation de nouveaux rails de transferts pour faciliter les soins et alléger les charges, ainsi que la modernisation des espaces de pause.

Un rendez-vous est prévu en octobre 2026 pour faire un premier bilan sur le protocole d’accord.

Les limites des Ehpad privés lucratifs mises en lumière

Les actions menées par les salarié·es ont également mis en évidence les problèmes posés par les Ehpad privés lucratifs dans le système de santé. Avec le vieillissement de la population, la prise en charge de la perte d’autonomie des personnes âgées nécessitera des transformations importantes. La CGT revendique ainsi la sortie des Ehpad du secteur marchand et un renouveau du secteur public, en insistant sur la nécessité d’une politique d’embauche massive et d’améliorations des conditions de travail.

Source : CGT

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