Gianni Infantino et la financiarisation du football mondial à son paroxysme
A peine retombé le souffle d’une Coupe du monde à la taille et aux retombées économiques inédites, la Fédération internationale de football (Fifa) et son président, Gianni Infantino, entendent repousser les limites. L’instance a annoncé, mardi 29 juillet, son intention de créer une société commerciale, regroupant plusieurs de ses activités — le sponsoring, la billetterie, l’octroi de licences ou encore la gestion opérationnelle de la compétition. Une fraction des parts de cette nouvelle entité serait vendue à des investisseurs privés, permettant une rentrée d’argent qui pourrait avoisiner 10 milliards de dollars, redistribuée aux 211 fédérations qui composent l’organisation.
L’opération, visant à lever 4,2 milliards de dollars dès cette année, serait menée par un consortium présidé par Thrive Eternal, un fonds d’investissement lancé récemment par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. Ce mélange des genres soulève des questionnements, d’autant plus que Gianni Infantino entretient une proximité avec le président américain.
Si la Fifa promet que les futurs actionnaires de la nouvelle entité Fifa Forward Enterprise (FFE) ne pourront pas en prendre le contrôle, ce projet interroge sur la capacité de la fédération à garder la main sur ses actifs les plus lucratifs et sur les conflits d’intérêts qui pourraient en découler. Cette financiarisation du football est en réalité en cours depuis plusieurs années. Sous la présidence de Sepp Blatter, la Fifa avait déjà attribué le Mondial 2022 au Qatar, un pays sans tradition footballistique mais avec des moyens financiers considérables, ayant dépensé plus de 220 milliards de dollars pour organiser l’événement.
Gianni Infantino a également joué un rôle clé dans la désignation de l’Arabie saoudite comme hôte de l’édition 2034, un choix qui semble davantage motivé par des considérations financières que sportives. Depuis son élection, les ressources de la Fifa ont considérablement augmenté, passant de 7,5 milliards de dollars entre 2019 et 2022 à 11 milliards de dollars pour la période 2023-2026, avec une prévision de 14 milliards pour le prochain cycle.
La dernière Coupe du monde, organisée aux États-Unis, au Mexique et au Canada, a marqué une étape importante, avec l’élargissement du tournoi à 48 équipes. Ce nouveau format a contribué à des recettes bien supérieures aux prévisions initiales, la Fifa devant annoncer un chiffre d’affaires de 15 milliards de dollars, contre 9 milliards espérés. Les prix des billets élevés et les pauses publicitaires diffusées mondialement ont joué un rôle dans cette augmentation.
La prochaine Coupe du monde, prévue au Maroc, en Espagne et au Portugal, pourrait même s’élargir à 64 équipes en 2030, une stratégie qui semble satisfaire les fédérations bénéficiant du soutien financier de la Fifa. L’année prochaine, Gianni Infantino compte se représenter pour un quatrième mandat, une candidature déjà soutenue par plus de 200 pays, ce qui soulève des interrogations sur les motivations derrière cette financiarisation croissante du football.
Source : L’Express
