Chine, États-Unis, Europe : au G7, les déséquilibres mondiaux ravivent le spectre de la crise

Chine, États-Unis, Europe : au G7, les déséquilibres mondiaux ravivent le spectre de la crise

Sous la présidence française, le G7 remet les déséquilibres mondiaux au centre du jeu, face à un trio explosif : surcapacité chinoise, déficits chroniques américains et sous-investissement européen. En toile de fond, la crainte d’un nouveau choc financier si rien n’est coordonné.

La France a profité du sommet du G7 d’Évian pour faire remonter les déséquilibres économiques mondiaux au sommet de l’agenda, Emmanuel Macron parlant de niveaux « insoutenables » pour les balances courantes. Près de 20 ans après la crise financière, les écarts d’épargne et de déficits extérieurs se sont de nouveau creusés à des niveaux proches des records des cent cinquante dernières années, alimentant la fébrilité des banques centrales et des ministres des Finances.

Au cœur du dossier se trouvent trois modèles qui ne s’ajustent plus : la Chine qui accumule des excédents record, les États-Unis qui vivent avec des déficits jumeaux et l’Europe qui exporte son épargne faute d’investir suffisamment chez elle.

Pourquoi les déséquilibres mondiaux reviennent hanter le G7

Après une décennie de reflux relatif post-2008, les déséquilibres de comptes courants se sont à nouveau élargis depuis la pandémie, tirés par l’excédent chinois, l’excédent persistant de la zone euro et les déficits américains. Le FMI estime que ces déséquilibres atteignent des montants et une persistance qui rappellent les périodes ayant précédé les grandes crises de change et de balance des paiements.

À Évian, les dirigeants ont été saisis d’un rapport d’économistes, dont Hélène Rey et Gita Gopinath, qui plaide pour que les pays en excédent stimulent leur demande intérieure, tandis que ceux en déficit doivent réduire des politiques budgétaires trop expansives. Si chacun compte sur les autres pour corriger la trajectoire, l’ajustement viendra par les marchés, sous la forme d’une crise financière ou d’une vague protectionniste incontrôlée.

Chine : l’excédent record nourri par la surcapacité et l’État

La Chine est redevenue le symbole des excédents mondiaux, avec un surplus courant qui a rebondi depuis la pandémie pour atteindre un niveau record, porté par un boom des exportations de biens manufacturés. Le G7 constate une hausse quasi continue de l’excédent chinois depuis le début des années 2000, ponctuée d’un nouveau saut après 2020.

Pékin a soutenu massivement son appareil productif, en particulier dans l’automobile électrique, les panneaux solaires, les batteries et l’acier, à un niveau de subventions publiques estimé plusieurs fois supérieur à celui observé dans les économies avancées. Dans un contexte de demande intérieure molle, l’industrie se retrouve contrainte d’écouler sa production sur les marchés extérieurs, tirant mécaniquement l’excédent courant vers le haut et alimentant les tensions commerciales avec les États-Unis et l’Europe.

États-Unis : le moteur de la demande mondiale sous perfusion de déficits

À l’opposé, les États-Unis continuent de jouer le rôle de consommateur en dernier ressort, avec un déficit courant qui se maintient à un niveau élevé, nourri par une consommation des ménages robuste et un déficit budgétaire structurel. Le déficit budgétaire fédéral, déjà creusé par les plans de relance post-crise financière et les baisses d’impôts successives, a été encore élargi par les réponses massives à la pandémie.

Le couple déficit budgétaire et déficit extérieur montre que l’économie américaine importe l’épargne du reste du monde, en particulier celle des pays excédentaires comme la Chine et les membres de la zone euro. Tant que le dollar reste l’actif refuge et la principale monnaie de réserve, cette position est tenable, mais elle fait des États-Unis un point de fragilité en cas de retournement brutal de la confiance ou de hausse rapide des taux.

Europe : excédent extérieur, déficit d’investissements

La zone euro se présente au G7 en position excédentaire, mais cet excédent témoigne d’un manque d’investissements productifs suffisants pour absorber l’épargne domestique. Des études pointent un déficit annuel d’investissements climatiques d’environ 400 milliards d’euros, soit près de 2,6 % du PIB, qui s’ajoute à des retards persistants dans le numérique et les technologies de pointe.

Résultat : l’Europe place une part significative de son épargne à l’étranger, notamment sur les marchés américains, au lieu de financer la modernisation de son appareil productif et ses objectifs de neutralité carbone. Cette situation fragilise la base industrielle du continent, qui décroche face aux États-Unis et à la Chine dans des secteurs clés.

Où la cas peut survenir

Les points de cas sont bien identifiés par les économistes et les banquiers centraux : un resserrement monétaire plus long que prévu, un épisode de défiance vis-à-vis de la dette américaine, une récession chinoise qui ferait remonter l’épargne de précaution, ou une montée en régime des guerres commerciales qui casserait les chaînes de valeur.

Pour les pays émergents, très dépendants des flux de capitaux et des conditions financières mondiales, un ajustement désordonné de ces déséquilibres se traduirait par des sorties de capitaux, des dépréciations violentes et des contraintes budgétaires accrues. Cette combinaison de risques financiers et de fragmentation commerciale pousse le G7 à parler ouvertement de menace de crise si rien n’est fait.

Source : La Tribune

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