Rajeunir des cellules humaines : un premier essai clinique vient d'obtenir le feu vert américain

Rajeunir des cellules humaines : un premier essai clinique vient d’obtenir le feu vert américain

L’idée d’inverser le vieillissement traverse l’imaginaire depuis longtemps. Sur le plan scientifique, elle se concrétise par la restauration de certaines fonctions de jeunesse dans des cellules, des tissus ou des organes spécifiques. Cette ambition se traduit par la reprogrammation cellulaire partielle, qui a récemment quitté le laboratoire pour entrer dans un parcours réglementaire.

Deux façons de remonter le temps d’une cellule

La reprogrammation complète est une méthode radicale qui ramène une cellule adulte à un état comparable à celui d’une cellule embryonnaire, effaçant ainsi son identité. En revanche, la reprogrammation partielle utilise un ensemble de gènes appelés facteurs de Yamanaka. Découverts par le chercheur japonais Shinya Yamanaka, ces régulateurs modifient les profils d’expression génique et réinitialisent l’horloge biologique de la cellule.

Toute la finesse de cette approche réside dans le fait de ne pas activer ces facteurs pleinement. En les sollicitant par petites touches, les chercheurs visent à restaurer certaines fonctions sans effacer ce que la cellule est devenue. Par exemple, un neurone doit rester un neurone.

L’épigénome, cible de l’intervention

Le levier de cette reprogrammation se situe au niveau de l’épigénome, un ensemble d’interrupteurs chimiques qui déterminent quels gènes sont activés ou éteints. Yuri Deigin, cofondateur de YouthBio Therapeutics, décrit l’épigénome comme un système d’exploitation programmable qui contribue à fixer l’âge cellulaire. Avec le temps, cet épigénome se dérègle, gagnant en instabilité et perdant en précision. L’objectif est de le réinitialiser, ramenant les cellules vers un état antérieur plus fonctionnel.

Où en est réellement le programme

YouthBio développe plusieurs pistes, dont YB002, son candidat principal, qui vise à exprimer de façon transitoire les facteurs de Yamanaka dans le cerveau, ciblant la maladie d’Alzheimer. En septembre 2025, l’entreprise a annoncé une issue favorable d’une réunion INTERACT avec l’agence américaine du médicament. Cette procédure préliminaire a permis de confirmer que les données précliniques soutenaient l’activité biologique du produit et le principe d’un premier essai chez l’humain.

Cependant, il ne s’agit ni d’une autorisation de mise sur le marché ni d’un feu vert pour démarrer les essais. L’entreprise doit encore mener des travaux de fabrication et une étude pilote de toxicologie, puis franchir d’autres étapes réglementaires. Les estimations situent le début des essais cliniques autour de trois ans.

Les données disponibles proviennent actuellement de modèles animaux. Une étude a montré une atténuation du déclin cognitif chez la souris, tandis que d’autres recherches rapportent une régression de certaines lésions et une amélioration de la mémoire et de l’apprentissage chez des modèles murins d’Alzheimer.

Pas de fontaine de jouvence

Yuri Deigin précise que l’approche ne vise pas un rajeunissement global et brutal de l’organisme, mais un processus graduel engagé dans des tissus spécifiques. Des thérapies pourraient cibler des organes comme l’œil, le cerveau, le cœur, le système immunitaire, le foie ou les muscles. Ce n’est qu’à terme que ces approches pourraient être combinées, rendant possible un rajeunissement de l’organisme entier.

Sharon Rosenzweig-Lipson, directrice scientifique de Life Biosciences, souligne que l’horizon à court terme se situe dans la restauration de la fonction de certains tissus affectés par l’âge. Le défi technique consiste à rajeunir la machinerie biologique du neurone tout en préservant le contenu informationnel du réseau.

Les délais annoncés dans ce domaine appellent à la prudence. L’estimation d’une dizaine d’années avant les premières thérapies émane d’acteurs directement impliqués dans leur développement et repose sur des essais qui n’ont pas encore commencé. Aucune thérapie de reprogrammation partielle n’est aujourd’hui disponible ou autorisée chez l’humain.

Source : Futura Sciences

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