Il m’a tiré le zizi : Les enfants victimes de violences brisent le silence grâce aux boîtes aux lettres « Papillons »
Écrire ce que l’on n’arrive pas à dire. Dans les écoles, les enfants peuvent exprimer leur mal-être grâce à 500 boîtes aux lettres « Papillons » déployées dans toute la France. Le dispositif, imaginé dans les Pyrénées-Orientales, permet de recueillir leur parole et, dans les situations les plus graves, d’alerter les autorités.
Un petit morceau de papier peut parfois révéler l’indicible. Pour les enfants victimes de violences, ces boîtes aux lettres offrent une autre façon de briser le silence. Dans l’école élémentaire de Saint-Malo-de-Guersac, en Loire-Atlantique, la boîte aux lettres aux papillons verts et bleus est volontairement installée un peu à l’écart. Les enfants savent où elle se trouve et peuvent y déposer en toute discrétion, anonymement ou non, un message.
Ingrid Lafite, directrice de l’école Geneviève Grattier, explique : « On emmène l’ensemble des enfants visualiser où elle est positionnée dans le bâtiment. On a aussi fait exprès de ne pas la mettre dans un endroit de fort passage pour qu’il puisse y avoir une certaine intimité s’ils veulent livrer quelque chose sur ce petit papier. »
Chaque semaine, une élue municipale vient relever les courriers. Quelques mois après la mise en place du dispositif, elle estime déjà que certains problèmes ont pu être débloqués. Alexandra Foulon, élue DVG chargée de l’éducation à la mairie de Saint-Malo-de-Guersac, indique : « Nous avons résolu quelques problèmes. Donc même si c’est entre enfants, ça a permis de débloquer plusieurs petits problèmes, c’est plutôt positif. »
Ces boîtes aux lettres sont déployées par l’association Les Papillons, créée en 2019 dans les Pyrénées-Orientales. Son fondateur, Laurent Boyet, a imaginé ce dispositif pour permettre aux enfants victimes de maltraitances de trouver une autre voie pour parler, l’écrit. Laurent Boyet, ancien policier, a lui-même été victime de violences sexuelles dans son enfance. Il a transformé son expérience personnelle en combat pour aider d’autres enfants à libérer leur parole.
Aujourd’hui, l’association indique avoir déployé 500 boîtes aux lettres sur le territoire national, s’adressant aux écoles, mais aussi aux structures périscolaires et sportives. À Perpignan, le dispositif a été étendu à 11 sites depuis la rentrée 2025.
Béatrice Piromalli, psychologue de l’association, souligne que les courriers sont lus et pris en charge par un pôle psychologique. « On en a eu quand même pas mal. Il y a beaucoup de courriers d’enfants, après tout cela ne donne pas lieu à des signalements ou une information préoccupante. Ceci dit, depuis janvier, je pense qu’on n’est pas loin de 100 situations qui nous ont amenées à faire une démarche vers le parquet ou les CRIP, cellules de recueil des informations préoccupantes des départements. »
Le dispositif ne repose pas uniquement sur ce qui est écrit. Lorsque la situation semble préoccupante, un temps de parole est proposé à l’enfant. Si les faits sont susceptibles de constituer une infraction, l’association peut transmettre un signalement au parquet. Pour les situations relevant de la protection de l’enfance, elle peut saisir la CRIP.
Pour Béatrice Piromalli, l’intérêt de ces boîtes dépasse le seul recueil des signalements. La sensibilisation qui accompagne leur installation peut permettre à certains enfants de mettre des mots sur des situations qu’ils pensaient normales.
Pour les structures souhaitant mettre en place une boîte, l’association propose différents dispositifs adaptés à l’âge des enfants, afin de permettre aux enfants qui en ont besoin de prendre la parole autrement.
Source : France 3 Régions

