En Égypte, une page Facebook sur « Bob l’éponge » devient un espace de critique du pouvoir
Une page Facebook, initialement dédiée aux plaintes fictives des habitants de Bikini Bottom, la ville sous-marine du célèbre dessin animé Bob l’éponge, s’est transformée en un forum de critiques du pouvoir égyptien. Les médias, proches du gouvernement, qualifient désormais cette page de menace pour la sécurité de l’État.
Avec notre correspondant au Caire, Bob l’éponge serait-il une menace pour l’État égyptien ? Pour comprendre cette situation, il convient de revenir sur la création de la page « Chakawa Ahali Qaa al Hamour » (قاع الهامور شكاوى اهالى), qui signifie « Plaintes des habitants de Qaa al Hamour », le nom arabe de Bikini Bottom. Ce projet humoristique, lancé par un groupe d’adolescents, a rapidement gagné en popularité, attirant des centaines de milliers de membres.
Les participants ont d’abord partagé des plaintes humoristiques, souvent illustrées par des images générées par intelligence artificielle. Cependant, ces blagues ont progressivement pris une tournure plus sérieuse, devenant un moyen d’exprimer des critiques à l’égard du régime égyptien.
Une page dédiée au ministère de l’Intérieur de Qaa al Hamour a été créée, imitant celle du ministère égyptien. D’autres ministères ont suivi, avec des noms satiriques tels que « ministère de la propagande » pour celui de l’Information. Les messages dénoncent la hausse des prix, les taxes imposées aux citoyens, le train de vie des élites et le manque de démocratie et de liberté d’expression.
Les images de responsables politiques, y compris celles du président Abdel Fattah al-Sissi, ont été intégrées dans les illustrations humoristiques. En conséquence, les médias d’État ont intensifié leur campagne contre Qaa al Hamour, qui compte désormais plus de 1,5 million de followers. La page est accusée de sédition et de menace pour la paix sociale, certains évoquant même un lien avec les Frères musulmans, une organisation interdite.
Des avocats ont déjà sollicité le procureur général pour engager des poursuites contre la page. Face à ces menaces, les créateurs ont décidé de suspendre la page. Cependant, d’autres initiatives similaires continuent d’émerger sur les réseaux sociaux.
Source : RFI
