Menacés par les drones : les reporters de guerre ont-ils le droit de se défendre ?
Le droit humanitaire international protège les journalistes en tant que civils. Cependant, en Ukraine, les drones FPV ciblent et frappent des journalistes clairement identifiés comme « Presse », rendant cette protection de plus en plus symbolique. En 2025, quatre journalistes ont été tués par des drones en Ukraine, dont Antoni Lallican, qui a été délibérément visé par un opérateur voyant son gilet et sa voiture marqués « Presse ».
La question se pose alors : les reporters doivent-ils s’armer pour se défendre ? Le débat oppose les dispositifs non létaux anti-drones, comme la Ptashka et les brouilleurs, au shotgun, qui modifie le statut juridique du journaliste face au droit international.
Une protection juridique pensée pour un autre monde
Traditionnellement, un reporter de guerre est considéré comme un civil, documentant les conflits sans y participer. Cette distinction repose sur le Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1949, qui stipule que tant qu’un journaliste ne participe pas aux hostilités, il doit être protégé et ne peut pas être pris pour cible. Cependant, ce principe suppose que les parties en conflit respectent un minimum de règles, ce qui n’est pas le cas dans les conflits modernes, notamment en Ukraine.
Une menace qui cherche ses cibles
La guerre en Ukraine a introduit une nouvelle menace : les drones FPV, capables de repérer et d’attaquer des personnes isolées à plusieurs kilomètres. Dans la zone de combat, le danger peut chercher et trouver des cibles. Le 3 octobre 2025, Antoni Lallican, photojournaliste français, a été tué par un drone FPV alors qu’il était clairement identifié comme journaliste. Vingt jours plus tard, deux journalistes ukrainiens ont également été tués par des frappes de drones. Ces événements soulignent l’augmentation de la menace.
Le vrai débat : qu’est-ce qu’être armé ?
La question centrale est de savoir si les journalistes ont le droit de réfléchir à leur propre défense face à une menace évolutive. La distinction entre armes létales et non létales est cruciale. La Ptashka, un pistolet conçu pour neutraliser les drones sans causer de dégâts humains, est une option. D’autres dispositifs, comme les brouilleurs de signal, visent à couper la connexion entre le pilote et le drone.
La réalité du terrain
Malgré cela, le shotgun demeure l’arme la plus accessible et efficace contre les drones dans la zone de combat. Cependant, son utilisation soulève des questions éthiques et juridiques, car il est perçu comme une arme létale, ce qui pourrait changer le statut du journaliste aux yeux du droit international.
Des règles pensées pour un autre temps
Les conflits actuels ne ressemblent pas à ceux pour lesquels les principes de protection ont été établis. Dans un environnement où les conventions ne sont pas respectées, la nécessité d’adapter ces règles à la réalité actuelle est évidente.
Une position personnelle
Le statut de journaliste, bien qu’il protège un principe fondamental, ne suffit plus à garantir la sécurité sur le terrain. Les professionnels doivent parfois envisager des mes de défense face à des menaces directes, comme les drones armés. La question de la légitimité de ces mes demeure complexe et nécessite une réflexion approfondie sur le droit humanitaire et la protection des journalistes en zone de conflit.
Source : Revue Conflits
