Comment je vais comprendre que j’ai fait une bêtise si on ne me frappe pas ?
Publié le 15/06/2026 à 06h05
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Les bénévoles de l’association Ose le dire 87 à Limoges interviennent directement dans les classes pour identifier les nombreux enfants victimes de violences physiques, sexuelles ou psychologiques. Ces anciennes enseignantes et infirmières scolaires affirment qu’il existe plusieurs signaux permettant de repérer un mineur ayant vécu un traumatisme.
Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France. De plus, chaque semaine, un enfant meurt sous les coups de ses parents. Ces deux chiffres édifiants mettent en lumière une réalité alarmante : les violences dont souffrent les plus jeunes sont souvent invisibles et sous-estimées.
Récemment, l’enlèvement et le meurtre de la jeune Lyhanna, âgée de 11 ans, dans le Gers, ont révélé les failles du système de protection des mineurs. L’auteur de ce crime, Jérôme Barella, avait déjà fait l’objet de deux plaintes pour viols sur mineures, soulignant ainsi des lacunes dans la justice.
Pour prévenir de tels drames et aider les enfants à dénoncer leurs souffrances, l’association Ose le dire 87 a été fondée en Haute-Vienne en 2017. Installée à Limoges, elle est composée de treize bénévoles, principalement d’anciennes infirmières et enseignantes, qui parcourent les écoles du département pour discuter avec les élèves et détecter les signaux d’alerte.
Agréée par le rectorat, l’association a pu informer 2 547 élèves en 2025, à travers 115 classes dans 38 établissements. Ce travail de sensibilisation est essentiel pour aider les enfants à comprendre que certaines situations ne sont pas normales. Madeleine Colombier, membre fondatrice de l’association, souligne : « Certains nous demandent : mais comment je vais comprendre que j’ai fait une bêtise si on ne me frappe pas ? »
Les bénévoles abordent des thèmes tels que l’intimité et la maltraitance, en utilisant des mots adaptés à l’âge des enfants. Ghislaine Couillard, une des intervenantes, précise : « On les encourage à oser le dire, mais ce n’est pas facile pour eux car ils ont souvent connu cela de la part de figures d’autorité. »
Une fois la discussion engagée, il n’est pas rare que des élèves partagent leurs expériences de violence. Martine Léger, ancienne professionnelle du Réseau d’aides spécialisées, raconte : « Un jour, une jeune fille en maternelle a demandé si le gros ours qui faisait du mal à une oursinette pouvait être un papa. La maîtresse nous a rappelés pour nous dire que la maman de cette enfant était battue. »
Les violences physiques et psychologiques sont souvent révélées, tandis que les violences sexuelles demeurent plus difficiles à exprimer. Les bénévoles notent également des comportements tels que le repli sur soi ou les pleurs, qui peuvent indiquer un traumatisme.
En cas de révélations, l’association transmet des fiches de renseignements à l’inspection académique, qui peut ensuite alerter les services sociaux si nécessaire. Dans les cas les plus graves, le procureur peut être saisi, mais cela reste rare.
Le travail de sensibilisation ne se limite pas aux écoles. Ose le dire 87 s’adresse également aux adultes susceptibles de détecter des signes de maltraitance. L’association a dressé une liste de comportements à surveiller, tels que des changements brusques de comportement ou des craintes excessives envers les adultes.
Madeleine, Ghislaine et Martine insistent sur l’importance de croire les enfants dès qu’ils s’expriment. « Entendre leur parole et réagir rapidement est crucial pour leur sécurité », conclut Madeleine.
Source : Ose le dire 87
