Les passionnés de l’espace: chasseurs de météorites, l’univers à portée de main [3/5] - Reportage France

Cette semaine, RFI s’intéresse aux passionnés de l’espace en France. Dans ce nouvel épisode, nous partons à la chasse aux météorites. Lorsque l’une d’elles termine sa course sur Terre, les scientifiques se mobilisent pour la récupérer afin de l’étudier. Pour les aider, ils font parfois appel à des citoyens volontaires qu’ils forment aux techniques de recherche. Comme ici, dans le cadre du festival d’astronomie de Fleurance, dans le sud-ouest de la France.

Casquettes, sacs à dos et baskets au pied : les cinquante volontaires du jour se sont parfaitement équipés pour la quête qui s’annonce. Dans la petite assemblée, beaucoup de passionnés d’espace et quelques familles accompagnées de jeunes enfants.

L’assistance se tait au moment où Sylvain Bouley, planétologue, vice-président de la Société astronomique de France, s’éclaircit la voix pour faire une annonce : la nuit précédente, une météorite a terminé sa course sur Terre et, coup de chance, elle s’est écrasée à quelques centaines de mètres. « Nous avons vu un énorme flash lumineux à 30 kilomètres d’altitude, puis le bolide s’est fragmenté en plein de morceaux », raconte le chercheur. « L’objectif, c’est de les retrouver. »

Cette chasse aux météorites est en réalité un exercice et les volontaires le savent. Une heure avant d’accueillir le public, Sylvain Bouley a caché une vingtaine d’échantillons, répartis sur quatre champs de blé fraîchement coupé. Le groupe se divise en quatre et lance les recherches.

La quête, d’apparence ludique, devient rapidement difficile : les éclats de météorites à trouver ne sont pas plus gros qu’un dé à jouer. Et la zone à couvrir fait environ cinq hectares. « Lorsque nous avons un caillou de deux centimètres à retrouver sur une surface aussi grande, nous avons besoin du public et de citoyens qui ont appris à observer, explique Sylvain Bouley. L’objectif est donc de former les gens un peu partout en France pour les appeler le jour où une véritable météorite s’échoue sur Terre. »

En février 2023, au-dessus de la Normandie, un bolide de 650 kilogrammes se désintègre dans l’atmosphère avant d’éparpiller une centaine de fragments au sol sur un rayon de 7 kilomètres. Quelques heures seulement après l’impact, Sylvain Bouley et son équipe réunissent deux cents personnes pour mener les recherches. Plusieurs morceaux ont été retrouvés.

Reconnaître une météorite

Les apprentis chercheurs du jour espèrent la même chose. Durant deux heures, les quatre groupes avancent en rang serré, concentrés, les yeux braqués vers le sol. Aurélie participe à l’atelier avec sa fille Abygaëlle, petite tête blonde très énergique, « une fan de cailloux ». « Je suis une très grande collectionneuse », lance la principale intéressée, déclenchant le rire de sa mère.

Pour le moment, Abygaëlle n’a trouvé « que des cailloux jolis », mais pas de météorites. Elle sait les distinguer : « Les météorites n’ont pas trop de trous, alors que les autres cailloux ont des trous très creusés », croit savoir l’enfant.

Dans les faits, c’est un peu plus compliqué, corrige Sylvain Bouley : « Une météorite a une croûte de fusion noire, due à l’échauffement de la roche par compression et frottement au moment de sa rentrée dans l’atmosphère. Par ailleurs, une météorite a des faces planes, arrondies et assez propres que l’on va pouvoir différencier des cailloux présents depuis un certain temps. Ils peuvent ressembler à des météorites, mais ils n’en sont pas. »

Et c’est sans doute cette impression d’avoir trouvé, toutes les deux minutes, une météorite qui n’en est pas une, qui rend l’exercice si difficile. Les nerfs des participants sont mis à rude épreuve, si bien qu’après une heure d’observation assidue, aucune météorite n’a été retrouvée.

Les groupes repartent en sens inverse, emmenés par Claire Loubière, l’une des encadrantes. Cette professeure de physique-chimie dans un collège de la région parisienne se dit séduite par ce projet de science participative : « C’est chouette de se dire qu’on a aidé un scientifique à avancer dans sa recherche. Ce n’est pas du tout l’image du chercheur seul dans son laboratoire ou sur le terrain. On se rend compte que c’est un milieu accessible à tous, y compris à des jeunes de dix ans qui peuvent trouver des cailloux utiles à la science. »

Une fenêtre sur les origines de l’univers

C’est justement un enfant de dix ans, Emmanuel, qui fait la première trouvaille, sous les applaudissements de son groupe. Le jeune garçon range immédiatement le fragment dans son sachet. Si ce n’était un exercice, c’est plutôt Brigitte Zanda qui aurait récupéré le fragment vieux de 4,56 milliards d’années et source d’information sur les origines de l’univers, explique cette astrophysicienne : « La plus grande fraction des météorites provient de petits corps qui ont très peu évolué depuis la formation du système solaire et qui étaient donc présents au moment où le soleil se formait. Tant qu’on n’a pas analysé une nouvelle météorite, on ne peut pas savoir si elle n’a pas des renseignements incroyables à nous apprendre. »

Mobiliser le public est d’autant plus important que le nombre de météorites retrouvées en France a drastiquement diminué sur les deux cents dernières années. « On en a retrouvé 45 au cours du 19e siècle, seulement 9 au 20e siècle », commente Brigitte Zanda. Pourtant, le nombre d’impacts reste stable : environ deux à trois par an en France, plusieurs dizaines de milliers chaque année dans le monde.

« Pour retrouver une météorite, il faut la voir tomber », explique la chercheuse. « Or, nos modes de vie ont changé. On regarde moins le ciel qu’avant, car on vit moins à la campagne. Par ailleurs, les plaisirs cathodiques, type télévision et smartphones, détournent notre attention des étoiles. »

Aujourd’hui, les méthodes d’observation se sont en partie automatisées. Avec Brigitte Zanda, Sylvain Bouley a créé en 2014 le programme FRIPON, un réseau composé d’une centaine de caméras, installées sur des observatoires, des universités, des musées, qui surveillent le ciel jour et nuit et détectent les chutes de météorites. Depuis, ces vigies ont essaimé à l’étranger, en Europe, mais aussi en Afrique, notamment au Sénégal.

Après deux heures d’exercice, les encadrants sifflent la fin de la quête. Toutes les météorites n’ont pas été retrouvées. Heureusement, Sylvain Bouley et ses équipes les avaient cachées en prenant soin de noter avec précision leur géolocalisation. Elles seront récupérées.

En fin de journée, tous les participants – y compris ceux qui n’ont rien trouvé – repartent avec une météorite et un certificat d’authenticité. C’est le cas d’Abygaëlle et sa maman Aurélie, qui ont finalement retrouvé deux fragments. « On va pouvoir les ajouter à notre collection, mais celles-ci auront une valeur particulière », sourit la mère.

Source : RFI

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