OPINION. « Cyberattaques à la DGFiP : quand les hackers deviennent des communicants », par Laurent Porta, spécialiste de la communication de crise

Cyberattaques à la DGFiP : quand les hackers deviennent des communicants

La récente cyberattaque contre la Direction générale des Finances publiques (DGFIP) met en lumière un enjeu crucial dans la gestion des crises numériques : la nécessité pour l’organisation attaquée de contrôler non seulement son système d’information, mais aussi l’information elle-même.

Le 12 août, un hacker a revendiqué une attaque contre la DGFIP, affirmant avoir extrait 678.438 lignes de données fiscales. Le lendemain, Bercy a confirmé l’attaque, sans préciser le nombre d’usagers concernés, ce chiffre étant encore en cours d’investigation. Le 14, le ministère a finalement annoncé que les données de 678.000 particuliers et professionnels avaient été consultées et extraites, presque le même chiffre que celui communiqué par l’attaquant 48 heures auparavant.

Cette situation révèle un décalage préoccupant dans la communication publique. À plusieurs reprises, les informations fournies par l’administration ont été en retard par rapport à celles révélées par l’attaquant, certaines de ses revendications étant confirmées dans les jours suivants. Il est également à noter que l’administration avait détecté et coupé les accès frauduleux en juin et juillet, mais les premières investigations n’avaient pas réussi à identifier l’exfiltration de données.

La communication de crise s’avère complexe lorsque l’attaquant détient plus d’informations que l’organisation ciblée. Les cyberattaquants ne se limitent plus à mener des attaques ; ils diffusent également des échantillons des données dérobées sur des forums et sur les réseaux sociaux, influençant ainsi le récit de la crise.

Cette dynamique crée une zone d’incertitude où l’organisation doit enquêter tout en étant confrontée à un narratif construit par l’attaquant. Si, pendant plusieurs jours, celui-ci révèle des informations que l’organisation confirme par la suite, une perception se dessine : le hacker sait, tandis que l’organisation découvre.

Il est essentiel de noter que communiquer rapidement ne signifie pas nécessairement tout savoir. Une organisation doit vérifier les affirmations avant de les confirmer, mais le temps de la vérification ne doit pas se traduire par un silence prolongé. Un vide informationnel sera rapidement comblé par l’attaquant, les médias ou les internautes.

Une communication efficace en période de crise implique de partager ce que l’on sait, ce que l’on ignore encore et les démarches entreprises pour obtenir des clarifications. Cela inclut la reconnaissance d’une intrusion tout en précisant que l’étendue des dégâts doit encore être évaluée.

Pour faire face à de telles crises, il est crucial que les organisations se préparent à une réalité où la communication fait partie intégrante de la réponse à une cyberattaque. Reprendre le contrôle des systèmes ne suffit plus ; il est également nécessaire de maîtriser le récit avant que le hacker ne devienne le porte-parole de la crise.

Source : La Tribune

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