Parents solos : le coût de la monoparentalité
Un quart des familles françaises sont monoparentales et 82 % des parents concernés sont des femmes. Revenus plus faibles, précarisation de l’emploi, contraintes de garde : autant de facteurs qui fragilisent leur autonomie économique et seront au cœur des premières universités d’été de la monoparentalité, le 28 août à Paris.
La monoparentalité s’invite dans la rentrée économique et sociale avec une équation difficile à résoudre : un seul revenu, mais des dépenses qui ne sont pas divisées par deux. Loyer, énergie, transport, garde d’enfants restent à la charge du foyer, sans les économies permises par la vie à deux. Cette absence de mutualisation s’accompagne souvent de contraintes professionnelles plus fortes.
La France compte aujourd’hui 2,4 millions de familles monoparentales, réunissant 6,2 millions de parents et d’enfants. Selon l’Insee, 34 % des personnes vivant dans une famille monoparentale se situaient sous le seuil de pauvreté en 2024, contre 14,3 % de celles vivant au sein d’un couple avec enfants. Chez les enfants, l’écart est également marqué : en 2018, 41 % de ceux vivant dans une famille monoparentale étaient sous le seuil de pauvreté.
Emploi : la double contrainte du revenu et du temps
Cette vulnérabilité ne s’explique pas seulement par l’absence d’un deuxième revenu. Les inégalités salariales, les interruptions de carrière et le temps partiel liés à la maternité pèsent déjà sur les ressources et les perspectives professionnelles des femmes. Après une séparation, ces écarts deviennent immédiatement visibles : le niveau de vie moyen des mères isolées est inférieur de 19 % à celui des pères isolés, selon l’Insee.
À cette fragilité financière s’ajoute celle de l’emploi. Les mères seules sont davantage exposées aux contrats courts, aux bas salaires et au temps partiel subi. Elles sont aussi surreprésentées dans des métiers du soin, du commerce, du nettoyage ou des services à la personne, où les contraintes horaires peuvent rendre plus difficile l’articulation avec la vie familiale.
« Le prix de la monoparentalité se paie avec les deux ressources les plus précieuses : l’argent et le temps. Lorsqu’on est chef de famille monoparentale, chaque euro compte et chaque minute compte », résume Olivia Barreau, fondatrice et directrice générale de l’association Moi & Mes Enfants. Cette « précarité temporelle », souligne-t-elle, freine l’accès à l’emploi mais aussi « aux promotions, à la formation et à l’entrepreneuriat ».
La garde devient déterminante. En 2024, le taux d’emploi des mères isolées ayant un enfant de moins de 6 ans était inférieur de près de 24 points à celui de l’ensemble des 15-64 ans, hors étudiants et retraités. Lorsqu’elles travaillent à temps complet, 58 % font appel à un proche pour garder leur jeune enfant au moins une fois dans la semaine, contre 34 % des couples dont les deux parents travaillent à temps plein.
Sortir d’une politique publique morcelée
Allocation de soutien familial, aides au logement, intermédiation des pensions alimentaires : la redistribution atténue une partie de ces écarts. Cependant, les réponses restent dispersées entre plusieurs politiques, famille, emploi, fiscalité, logement, petite enfance, sans que le surcoût propre à la monoparentalité soit toujours correctement mesuré.
« À force de concerner tous les ministères, la monoparentalité finit par ne relever pleinement d’aucun », estime Olivia Barreau, qui plaide pour un statut des familles monoparentales et une gouvernance interministérielle dédiée. « Ce n’est pas uniquement une question de solidarité. C’est un sujet d’emploi, de logement, de santé publique, d’égalité entre les femmes et les hommes, d’éducation, et de compétitivité économique. »
C’est cette approche globale que veulent porter les premières universités d’été de la monoparentalité, organisées à l’université Paris Cité-Odéon par l’association Moi & Mes Enfants. Chercheurs, entreprises, associations, familles et responsables publics travailleront autour de trois priorités : justice économique, accès aux droits et à l’autonomie, droit au répit. Douze recommandations devraient être élaborées à l’issue des ateliers, avant la rédaction d’un livre blanc destiné à nourrir le débat politique de 2027. L’enjeu est de renforcer l’autonomie économique des parents solos en agissant simultanément sur leurs ressources, leur accès à l’emploi et leurs contraintes de temps.
Source : La Tribune



