Développer un nouveau médicament coûte aujourd’hui bien davantage qu’il y a dix ans. Complexité croissante de la recherche, risques plus élevés, essais toujours plus exigeants: trois facteurs expliquent cette flambée. Mais l’opacité de l’industrie pharmaceutique soulève une question: quelle part des coûts est réellement supportée par les patientes et les patients?
Le coût moyen du développement d’un nouveau médicament, de la découverte à la mise sur le marché, a atteint 2,23 milliards de dollars en 2024 pour les 20 plus grandes entreprises biopharmaceutiques mondiales, soit une hausse de 65 % par rapport à 2014, ou d’environ 25 % une fois l’inflation prise en compte.
Ce chiffre, publié dans le rapport annuel 2025 de Deloitte sur l’innovation biopharmaceutique, est calculé en divisant les dépenses totales de R&D de ces entreprises par le nombre de médicaments ayant abouti à une commercialisation, et il inclut le coût de chaque candidat ayant échoué. Douze de ces 20 entreprises ont enregistré une augmentation de leurs coûts, ce qui suggère que la pression s’exerce sur l’ensemble du secteur.
Trois facteurs principaux expliquent cette augmentation des coûts.
1. La complexité croissante des médicaments fait grimper les coûts de développement
Le développement de médicaments est devenu plus complexe, ce qui entraîne des coûts de recherche, de laboratoire et de fabrication plus élevés. Les entreprises se tournent vers des médicaments de spécialité, des thérapies géniques et des traitements hautement spécialisés pour des populations de patients plus petites.
2. Des essais cliniques plus exigeants et plus coûteux
Les essais cliniques ont également évolué, impliquant un volume de données accru et des exigences plus strictes. Le coût des essais de phase 3 est estimé à près de 56 000 dollars par jour en frais de fonctionnement directs. En 2025, un protocole typique de phase 3 comprenait en moyenne 19 critères d’évaluation, soit une hausse de 30 % par rapport à 2012.
3. L’échec coûte cher, les chances de réussite chutent
Les taux de réussite dans le développement de médicaments sont en baisse, et chaque échec coûte cher. En 2024, les 20 plus grandes entreprises biopharmaceutiques ont dépensé environ 7,7 milliards de dollars pour des essais cliniques de médicaments abandonnés. La probabilité qu’un médicament entrant en phase 1 parvienne sur le marché est tombée à moins de 7 %, tandis que seuls 28 % des essais en phase 2 aboutissent.
Le gantenerumab de Roche, un médicament pour la maladie d’Alzheimer, illustre ce phénomène. Après avoir échoué lors d’un essai de phase 3 en 2014, Roche a relancé le programme, mais les essais suivants ont également échoué, entraînant des coûts considérables.
Ce manque de transparence sur les coûts de développement complique les discussions sur les prix des médicaments. Les laboratoires pharmaceutiques sont réticents à divulguer ces chiffres, ce qui empêche les autorités de contrôler si le prix d’un médicament justifie l’investissement qu’il a nécessité.
Source : Swissinfo



