La corruption commence par le plus petit des cadeaux : l’État forme ses agents pour lutter contre la mafia en Corse
Le 8 mars 2025, en Corse, a eu lieu la première manifestation antimafia. Face aux pratiques du crime organisé sur l’île, l’État s’organise et forme ses agents à mener le combat. En juin 2026, une cinquantaine d’agents assistent à une formation dirigée par Arnaud Vieules, sous-préfet et responsable de la coordination pour la sécurité en Corse, à la préfecture d’Ajaccio.
« La corruption commence par le plus petit des cadeaux, » souligne Vieules. Il explique que ce type de pression peut amener à se sentir redevable et gêné de dire non. Le sujet du crime organisé est particulièrement sensible en Corse, où environ 360 000 habitants vivent sous l’influence d’une vingtaine de bandes criminelles qui s’infiltrent dans divers secteurs économiques.
Cette formation, destinée à près d’un millier de fonctionnaires, vise à sensibiliser les agents à signaler les tentatives de pression et les « signaux faibles » d’activités criminelles. Bien que la venue de franceinfo ait été initialement annulée face à des réticences, les participants ont été assurés de l’anonymat.
Vieules évoque également des cas concrets, tels qu’un policier soupçonné d’avoir alerté la bande du « Petit Bar » d’une perquisition, ou une magistrate mise en examen pour ses liens avec ce même clan. Lorsqu’on interroge les fonctionnaires sur leurs expériences de pressions, un silence s’installe dans la salle.
Les agents sont encouragés à transformer leur expérience et leur connaissance de l’environnement en outils de détection des pratiques mafieuses. Vieules appelle à « la culture du signalement », tout en reconnaissant les difficultés que cela peut engendrer, notamment face à des injonctions contradictoires.
Pour faciliter le signalement, il propose une boîte mail dédiée, promettant la confidentialité. Une agente présente exprime ses craintes concernant les répercussions possibles sur sa famille, tandis qu’un autre agent souligne l’importance de signaler les pratiques douteuses, affirmant que « le signalement n’est pas de la délation ».
Depuis le début de l’année, environ quinze signalements ont été transmis aux parquets et aux autorités administratives, témoignant d’une volonté croissante de lutter contre l’influence de la mafia en Corse.
Source : franceinfo
