Contamination au cadmium : la Suisse semble préservée, mais ses importations jettent le trouble
A l’issue d’un rapport sur la haute teneur en cadmium de l’alimentation en France, ce métal lourd se retrouve à nouveau sous les projecteurs. Selon les autorités suisses, leurs consommateurs seraient protégés. Mais cette affirmation soulève des questions sur la réalité de la situation.
Le cadmium revient dans le débat public. Trois ans après la détection de niveaux élevés de cadmium dans le chocolat, y compris dans le chocolat noir suisse, les experts tirent de nouveau la sonnette d’alarme sur la présence de ce métal lourd dans l’alimentation. Les autorités françaises ont récemment alerté sur l’exposition du grand public à des niveaux préoccupants de cadmium, souvent issu des engrais utilisés dans l’agriculture.
Près d’un Français sur deux est exposé à un haut niveau de cadmium, selon une analyse publiée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSE). Cette étude a révélé que l’alimentation représente 98 % de la contamination chez les non-fumeurs. Les produits les plus concernés incluent les céréales, le pain, les viennoiseries, les pâtisseries, ainsi que certains légumes.
En comparaison, des études de biosurveillance en Suisse montrent que seuls 3,1 % des adultes présentent un taux de cadmium supérieur au seuil de sécurité, selon des échantillons de sang prélevés lors de la phase pilote de l’étude suisse sur la santé (SHeS-pilot). Ce chiffre tombe à 0,3 % chez les non-fumeurs, soulignant l’influence de la consommation de tabac sur les niveaux de cadmium dans l’organisme.
Malgré ces chiffres rassurants, les autorités suisses reconnaissent des failles dans leur système de contrôle. Par exemple, des tests effectués par le canton de Berne ont révélé qu’un engrais sur six contenait des niveaux de cadmium dépassant les seuils légaux. De plus, la Suisse dépend fortement des importations pour son approvisionnement alimentaire, avec 50 % des calories consommées provenant de l’étranger. En 2025, la France était la première source d’importations de céréales en Suisse, représentant 36 % des céréales importées.
Une étude de l’initiative européenne de biosurveillance humaine (HBM4EU) a montré que les taux de dépassement de la limite de sécurité pour le cadmium dans l’urine étaient les plus élevés en Pologne (33 %), en France (43 %) et en Allemagne (36 %). En Suisse, les niveaux maximums de cadmium sont strictement réglementés, avec des plafonds variant de 0,02 mg par kilo pour la nourriture pour bébé à 3 mg par kilo pour les compléments alimentaires à base d’algues.
Les autorités suisses effectuent des contrôles réguliers pour s’asr que les normes sont respectées, mais jusqu’à présent, seuls deux rappels pour niveaux excessifs de cadmium ont été annoncés en cinq ans.
En conclusion, bien que la Suisse semble mieux protégée que la France en matière d’exposition au cadmium, la dépendance aux importations et les failles dans le contrôle des engrais soulèvent des inquiétudes quant à la sécurité alimentaire.
Source : ANSE, Office fédéral de la santé publique.
