Charli XCX a-t-elle voulu tuer la « Brat Girl »… au risque de se saborder ?
Il y a deux ans, Brat déferlait en vert fluo sur la pop mondiale. Bien plus qu’un album, Charli XCX lançait un véritable phénomène culturel. De cette déferlante naissait la « Brat Girl » : une figure fêtarde, insolente, vulnérable, provocatrice qui dépassait la musique pour envahir les réseaux sociaux, la mode et le vocabulaire populaire.
Deux ans plus tard, la Britannique semble vouloir déconstruire cette image, morceau par morceau. Avec Music, Fashion, Film, elle abandonne le vert acide pour une rupture si radicale que plusieurs fans y voient moins un faux pas qu’une stratégie assumée. Cependant, à vouloir s’affranchir d’un personnage devenu plus grand qu’elle, Charli XCX risque-t-elle de perdre ceux qui l’aimaient avant ?
La Brat est morte, vive la Brat
Pour Oscar Melen, 26 ans, Music, Fashion, Film ne peut pas être jugé à l’aune de Brat : « Ce nouvel album n’est pas au même niveau. Il n’a pas bénéficié du même temps de préparation, du même investissement financier. Et puis c’est un album rock, moins dans l’air du temps que l’hyperpop ». Il refuse d’y voir un faux pas : « Il ne faut pas comparer cet album à Brat. Ce sont deux projets artistiques complètement différents qu’il faut accueillir différemment. »
Pour The Guardian, le nouvel album est avant tout « un album sur l’instabilité de l’identité » : « Comment succéder à l’album qui a fait de vous une star… mais aussi une caricature ? »
Aimer Charli, pour le meilleur et pour le tri
« Charli est une artiste qui a testé plusieurs types de musique, plusieurs univers et plusieurs imaginaires depuis 2016. Les fans l’aiment pour ça. Si ceux qui pensent que Brat est son meilleur album veulent rester sur Brat, qu’ils restent sur Brat. On ne peut pas reprocher à Charli de faire ce qu’elle aime », tranche Oscar.
Pour Agnès, 26 ans, cette rupture serait même calculée : « Je trouve intéressant le créneau qu’elle a pris. C’est tellement clivant que je pense que c’est une manière d’écrémer son audience, qui a explosé avec Brat et qui est peut-être devenue trop mainstream selon ses standards. » Cette intuition est également partagée par le journaliste Clément Laré, qui estime que Charli cherche à garder une fanbase plus engagée.
Des choix incompris : la rupture va-t-elle trop loin ?
Si plusieurs fans voient dans cet album une volonté assumée de rompre avec l’ère Brat, il est crucial d’examiner comment Charli XCX met en scène cette rupture. Les critiques se cristallisent sur la pochette de l’album, qui met à l’honneur trois hommes : le musicien John Cale, le réalisateur Martin Scorsese et le créateur de mode Marc Jacobs. Pour Guito Herard, ce choix interroge : « Je trouve que l’image est réussie dans la forme, mais je trouve bizarre de mettre uniquement trois vieux hommes blancs sur la pochette, même si ce sont des références culturelles. »
Le débat prend une nouvelle dimension avec la sortie du clip Camera, où Charli XCX confie le premier rôle à Vincent Cassel, un choix qui divise en raison des polémiques entourant l’acteur. La créatrice de contenu Coco Paillette déclare : « Ça remet en question tout l’angle et le regard que tu essaies de donner à ton projet. Ça me détache complètement du truc. »
Et la musique dans tout ça ?
Oscar admet : « Je pensais que Charli allait révolutionner le rock, mais c’était peut-être ambitieux ». Guito partage ce constat : « La musique n’est pas mauvaise du tout. Je suis juste surpris par aucune track. Il n’y a pas de morceau qui m’ait fait un effet spécial. » Si The Observer salue un disque qui réinvente les codes du rock à travers le prisme de l’hyperpop, Libération se montre plus réservé, soulignant que l’album semble parfois plus préoccupé par la mise en scène de sa propre rupture que par ses chansons.
Musicalement, l’album continue d’explorer des thèmes chers à Charli XCX, tels que la célébrité et l’identité. Cependant, là où Brat transformait ses failles en quelque chose de profondément humain, Music, Fashion, Film donne parfois l’impression de les ériger en concept. Cela soulève une question : en détruisant un personnage devenu trop mainstream, Charli XCX risque-t-elle d’en créer un autre, tout aussi difficile à quitter ?
(Source : 20 Minutes)
