Carlo Ginzburg : le fil et les traces
Interview par Laurent Jeanpierre
artpress n°374, janvier 2011, pp. 54-77
À l’occasion de la disparition de Carlo Ginzburg, cet entretien, initialement publié lors de la sortie de Le Fil et les Traces, met en lumière sa pratique de l’enquête et son rapport aux archives, ainsi que son attention aux indices qui ont profondément renouvelé l’écriture de l’histoire.
L’historien italien Carlo Ginzburg a transformé les méthodes d’écriture et de pensée historique. Ses ouvrages, tels que son analyse des œuvres de Piero della Francesca ou Le Fromage et les vers. L’univers d’un meunier du 16e siècle, ont atteint un large public. Dans ce dernier livre, Ginzburg propose une approche qui s’apparente à une enquête policière, reconstituant un monde à partir de la vie d’un individu ordinaire. Cette méthode, souvent qualifiée de « micro-histoire », repose sur une théorie de la connaissance qu’il nomme le « paradigme indiciaire », inspiré à la fois par Freud et Sherlock Holmes. Il soutient que « des traces, même infinitésimales, permettent de saisir une réalité plus profonde, impossible à atteindre autrement ».
Dans son recueil Le Fil et les traces. Vrai faux fictif, Ginzburg explore des thèmes variés, allant de Montaigne à Voltaire, en passant par Flaubert et le négationnisme. Il propose une voie pour l’histoire, éloignée du postmodernisme et du positivisme. Il souligne que l’histoire ne doit pas être réduite à une simple narration fictive. Pour Ginzburg, il est crucial de comprendre comment nous percevons comme réels les événements historiques.
Il insiste également sur la nécessité de différencier l’art de l’historien de celui du créateur, affirmant que l’invention est interdite pour l’historien, qui doit se baser sur des preuves concrètes. Ce double exercice critique, selon lui, permet de mieux comprendre les modes de production de la vérité.
En conclusion, l’œuvre de Ginzburg invite aussi bien les historiens que les artistes à réfléchir sur leurs méthodes de recherche et de création, soulignant l’importance des indices et des documents dans la construction du savoir.
Source : artpress n°374, janvier 2011, pp. 54-77
