Changements climatiques : Le pari du captage de carbone
En mai, Mark Carney a convenu avec l’Alberta qu’un nouveau pipeline sera construit pour exporter son pétrole. En échange, l’industrie des sables bitumineux accepte des engagements environnementaux, notamment un investissement de 16,5 milliards de dollars pour capturer et séquestrer une partie des gaz à effet de serre qu’elle émet.
Le Canada n’est pas le seul à miser sur le captage du carbone. Ce pari dépend d’avancées technologiques audacieuses. Selon un rapport publié début juin, pour que le réchauffement à long terme de la planète ne dépasse pas 1,5 °C, il faudra que le captage de carbone progresse aussi rapidement que l’ont fait l’énergie solaire et les voitures électriques.
Actuellement, 2,2 milliards de tonnes de CO₂ atmosphérique sont capturées et séquestrées de manière durable, principalement par le biais de la capture conventionnelle, du reboisement ou d’une meilleure gestion des sols. Il faudra que ce total quadruple d’ici 2050, et que des technologies qui enlèvent le CO₂ de l’air fassent le gros du travail.
« Il n’y a pas de scénario climatique, même celui avec une augmentation de 2 °C, où la capture technologique du CO₂ atmosphérique n’est pas nécessaire », déclare Stephanie Roe, directrice scientifique mondiale pour l’énergie et le climat chez WWF.
Le captage technologique du CO₂ est réalisé en filtrant l’air dans des solvants liquides ou solides qui absorbent ce gaz à effet de serre. Celui-ci peut ensuite être réutilisé pour augmenter la production des puits de pétrole ou par les industries chimique et alimentaire. La majorité du CO₂ sera stockée dans des réservoirs souterrains naturels.
Au Canada, un pipeline achemine depuis 25 ans du CO₂ d’une usine de gazéification de charbon du Dakota du Nord vers des réservoirs de pétrole de la Saskatchewan. Depuis 2015, le CO₂ d’une usine de transformation de méthane de Shell en Alberta est capturé et séquestré dans un réservoir.
Cependant, des groupes écologistes ont exprimé des inquiétudes sur l’objectif albertain de séquestration de CO₂ d’ici 2045, qui a été réduit de 68 milliards de tonnes à 16 milliards de tonnes. L’industrie pétrolière, bien que principale investisseuse dans le captage du CO₂, est critiquée pour son approche, certains experts appelant à se concentrer sur des secteurs comme l’acier et le ciment, qui resteront nécessaires dans une économie décarbonée.
Des recherches sont également en cours pour « minéraliser » le CO₂ capturé en l’injectant dans des formations rocheuses qui l’absorbent et le transforment en solide, comme le teste actuellement l’entreprise Deep Sky à Thetford Mines.
Source : Rapport sur le captage du CO₂, juin 2023.
