Canicule : Le système énergétique résiste, mais l’avenir s’annonce chaud
Des coupures de courant isolées et rapidement rétablies. Trois réacteurs nucléaires mis à l’arrêt. Face aux journées les plus chaudes jamais enregistrées en France, le système énergétique a tenu bon et n’a pas connu de dégât majeur. Mais qu’en sera-t-il demain ?
Le nombre de jours de canicule a été multiplié par quatre sur la dernière décennie par rapport aux années 1980, et il pourrait augmenter encore, atteignant potentiellement dix jours à la fin du siècle si le réchauffement global atteint 3 °C. Ce nouvel épisode caniculaire a déjà mis à l’épreuve la production énergétique nationale. RTE, le garant de la stabilité du réseau, a assuré le 22 juin que « la sécurité d’approvisionnement n’appelle aucune vigilance particulière ». Cependant, cette assurance soulève des questions sur les impacts à long terme.
Entre le 12 et le 22 juin, la demande a grimpé de 47 GW à 57 GW, l’équivalent de neuf réacteurs nucléaires supplémentaires, tandis que la production d’électricité décarbonée n’a pas suivi. Ce choc a été compensé par une baisse des exportations (de 12 GW à 7 GW) et un recours accru aux centrales à gaz (de 0,6 à 4 GW), ce qui a des répercussions sur les émissions de CO₂ et la balance commerciale.
Les énergies décarbonées montrent des limites en période de chaleur. Au-delà de 25 °C, le rendement des panneaux solaires décroît, et en pleine canicule, leur production peut être amputée de 10 à 14 %. L’éolien, quant à lui, est pénalisé par le manque de vent souvent associé à ces épisodes.
Renforcement des installations nucléaires
Le nucléaire, qui fournit près de 70 % de l’électricité en France, est également affecté par la chaleur. EDF a dû renforcer les systèmes de ventilation et de climatisation de ses installations depuis les canicules de 2003 et 2006. Les 14 centrales non en bord de mer doivent gérer le débit et la température des cours d’eau, dont la réduction due aux sécheresses complique la dilution des effluents radioactifs. Si la température des cours d’eau dépasse les seuils réglementaires, EDF doit réduire la puissance des réacteurs, ce qui s’est produit pour plusieurs centrales les 23 et 25 juin.
Ces arrêts se traduisent par une perte de puissance de 4 GW sur un parc de 63 GW. Des dérogations aux normes de température dans les fleuves, nécessaires lors de la canicule de 2022, pourraient devenir plus fréquentes avec le réchauffement.
Investissements pour l’avenir
RTE prévoit d’investir 94 milliards d’euros d’ici 2040 pour rénover et développer son réseau, dont 24 milliards spécifiquement pour l’adaptation aux canicules. Bien que RTE se montre confiant pour l’été 2026, les années à venir semblent plus incertaines en raison des vagues de chaleur croissantes et du vieillissement des installations.
La production hydroélectrique, également affectée par le réchauffement, a chuté de 20 % lors de la sécheresse de 2022 par rapport aux années précédentes. En milieu urbain, les réseaux électriques subissent le phénomène d’îlots de chaleur, avec des incidents touchant des dizaines de milliers de foyers en juin, bien que des améliorations aient été réalisées grâce à des travaux de modernisation.
Ces contraintes thermiques soulignent l’importance de la modération des consommations énergétiques. À long terme, la climatisation devrait être envisagée comme un complément à des mes passives telles que la végétalisation et l’isolation, plutôt que comme une solution unique.
L’ensemble de ces défis met en lumière la fragilité des sources d’énergie dépendantes de l’eau, par rapport à des systèmes intégrant des énergies renouvelables comme l’éolien et le solaire.
Source : Alternatives Économiques.
