Cai Glover : danser au-delà du silence

Cai Glover : danser au-delà du silence

Malentendant, le danseur Cai Glover transcende le silence avec son spectacle « 9.2 ». Cette création, co-chorégraphiée par Hélène Blackburn et Glover au sein de la compagnie canadienne Cas Public, s’inspire de la Neuvième Symphonie de Beethoven. Devenu sourd à l’âge de 8 ans à la suite d’une méningite, Glover a longtemps cherché sa place dans un monde où l’information lui échappait. « Je me suis réveillé le matin et je ne pouvais plus entendre », raconte-t-il. À 9 ans, il reçoit un implant cochléaire, mais il réalise plus tard l’ampleur des informations manquantes : « Il y avait beaucoup de rage en moi parce que je cherchais toujours à comprendre ce qui se passait autour de moi. »

Le spectacle « 9.2 » s’ancre dans une résonance troublante, car Beethoven, lorsqu’il compose sa célèbre symphonie en 1824, est déjà presque sourd. Deux siècles plus tard, Cai Glover s’identifie à ce parcours. Sur scène, il choisit de danser sans son implant cochléaire, se libérant des repères auditifs. Il ressent les vibrations du sol et impose, avec ses partenaires, un rythme corporel.

L’originalité de « 9.2 » réside également dans l’utilisation de la langue des signes québécoise (LSQ) comme élément chorégraphique. Les gestes et mouvements propres à cette langue enrichissent la performance. « Si c’est la langue des signes, si c’est la danse, il y a beaucoup de façons de bouger le corps sans avoir à suivre un rythme », souligne Glover. Cette performance de 55 minutes ne se limite pas à la sensibilisation ; elle remet en question les normes de la danse contemporaine. Glover affirme que le handicap peut devenir un vecteur d’innovation artistique : « Ce n’est pas une gentillesse de donner l’espace à ces personnes-là d’être sur scène. Il y a une forme d’art incroyable qui émerge. »

En intégrant des artistes aux parcours atypiques, le milieu culturel se renouvelle, offrant de nouvelles manières d’habiter le mouvement et l’espace. « 9.2 » est présentée comme une œuvre intergénérationnelle essentielle, accessible dès 9 ans, qui dépasse la différence pour laisser place à l’émotion brute. Le spectacle a été à l’affiche de l’Opéra de Paris en mars 2026.

Source : Cas Public

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