Trois ans de transition, quel bilan pour Tiani au Niger ?
Le 28 juillet 2023, deux jours après le renversement du président Mohamed Bazoum, le général Abdourahamane Tiani s’adressait à la nation via la télévision. Dans son discours, il dénonçait la mauvaise gouvernance économique et sociale, affirmant que « l’amélioration des finances publiques et du tissu économique de notre pays, la situation de l’école nigérienne, de la santé de nos populations, la lutte contre le détournement des deniers publics, la lutte contre l’impunité, la corruption sous toutes ses formes, le népotisme ainsi que les difficultés auxquelles font face les Nigériens au quotidien sont autant de défis face auxquels le gouvernement déchu a montré ses limites. »
Trois ans après cette déclaration, la situation des Nigériens ne semble pas s’être améliorée, selon Tahirou Garka, porte-parole du G25, un mouvement militant pour le retour à l’ordre constitutionnel au Niger. Il souligne que « les militaires ont échoué sur le plan économique et social. Le Nigérien moyen lutte pour avoir de l’eau potable. Il n’y a pas d’eau. Il n’y a pas d’électricité. Nous n’avons pas de carburant. »
Le Niger continue de faire face à des coupures fréquentes d’électricité, malgré son statut de producteur de pétrole. Le pays connaît également des pénuries de gasoil, impactant l’approvisionnement en ciment. Bien que les prix du ciment et des céréales aient baissé sous le régime militaire, la situation reste précaire pour de nombreux ménages. Un acteur de la société civile évoque une « volonté des autorités militaires d’alléger les dépenses des ménages » dans un contexte de hausse du coût de la vie.
Hamani Oumarou, du Laboratoire d’études et de recherches sur les dynamiques sociales et le développement local (LASDEL), indique que pour une grande partie de la population, notamment ceux ne faisant pas partie des classes moyennes, la situation socio-économique s’est améliorée. Cependant, il précise que la hausse des prix de certains aliments, comme la tomate fraîche et la viande, reste préoccupante.
Concernant la lutte contre l’impunité, la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (Coldeff) a été créée en septembre 2023. Toutefois, peu de poursuites judiciaires significatives ont été engagées. En janvier 2025, la Coldeff annonçait avoir récupéré plus de 57 milliards de francs CFA. Selon le dernier classement de Transparency International, en février 2026, le Niger se positionnait 27ᵉ en Afrique et 124ᵉ au niveau mondial en matière de corruption.
Cette situation soulève des interrogations sur l’efficacité du gouvernement militaire en place et sur la capacité à répondre aux besoins fondamentaux des Nigériens.
Source : DW
