Berthe Morisot et la représentation de la dépression post-partum dans son œuvre.

Berthe Morisot a-t-elle peint la dépression post-partum avant l’heure ?

Berthe Morisot a-t-elle peint la dépression post-partum avant l’heure ?

Peint en 1872, Le Berceau de Berthe Morisot (1841–1895) est une œuvre emblématique du musée d’Orsay, illustrant une scène de tendresse maternelle troublante. L’artiste y représente sa sœur Edma, veillant sur sa fille Blanche, dans un moment de solitude et de mélancolie, sans sourire.

Au moment de la création de cette toile, Edma Morisot, mariée en 1869 à un officier de marine, a dû renoncer à sa carrière artistique pour se consacrer à sa famille, une obligation sociale de l’époque. Ce sacrifice est palpable dans l’expression de son visage, qui semble vide de joie. Elle écrit à sa sœur : « Je suis souvent avec toi, ma chère Berthe, par la pensée ; je suis dans ton atelier. »

La période de Morisot est marquée par des préoccupations concernant la santé mentale des jeunes mères. À cette époque, les médecins évoquent la « folie puerpérale », décrite par le psychiatre français Louis-Victor Marcé dès 1858, se référant à des troubles psychiatriques sévères survenant après l’accouchement. Ce n’est qu’un siècle plus tard que la dépression post-partum sera formellement identifiée, touchant environ 10 % des mères et se caractérisant par un abattement durable, une fatigue permanente et des difficultés à établir un lien avec le bébé.

Les portraits de sa propre fille, Julie, née en 1878, prolongent cette exploration du blues maternel. Morisot représente sa fille dans plus de 70 œuvres, mais un détail notable émerge : elle ne peint que rarement Julie dans ses bras. Souvent, c’est son mari qui prend soin de l’enfant dans les tableaux, illustrant une distance émotionnelle qui contraste avec l’idéal de maternage du XIXe siècle.

Ainsi, à travers ses toiles, Morisot documente une charge mentale portée par d’autres, offrant une vision étonnamment moderne de la maternité, marquée par l’amour mais aussi par une certaine distance émotionnelle.

Source : Beaux Arts Magazine

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