Dire que les personnes autistes n’ont ni sentiments ni empathie est faux. Pour ce 10e et dernier épisode de notre série de fact-checking vidéo, deux experts déconstruisent ce préjugé tenace.
« Les personnes autistes n’ont pas de sentiments et ne ressentent pas d’empathie. » Cette affirmation est incorrecte. Pour clore notre série de fact-checking vidéo sur l’autisme, Chams-Ddine Belkhayat, directeur de l’association AFG Autisme, et Marie-Maude Geoffray, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital du Vinatier à Lyon, s’attaquent à un cliché particulièrement tenace. « C’est clairement faux », déclare Chams-Ddine Belkhayat, lui-même père d’un enfant autiste, qui invite les sceptiques à « passer quelques heures ou une journée avec une personne autiste pour bien comprendre ».
Autisme : une autre façon d’exprimer ses émotions
Les personnes autistes peuvent éprouver des difficultés à identifier, comprendre ou exprimer leurs émotions, mais cela ne signifie pas qu’elles en sont dépourvues. « Il y a des difficultés pour exprimer les émotions de la même façon dans l’autisme », explique Marie-Maude Geoffray. L’expression émotionnelle ne se limite pas aux codes sociaux habituels. Un regard, une phrase ou une réaction qui semblent décalés ne traduisent donc pas nécessairement une absence de compassion. « Il y a tellement, tellement d’autismes différents que dire qu’ils n’ont pas d’empathie, c’est comme dire que tous les autistes auraient des maniérismes des mains. C’est faux », insiste la psychiatre.
Empathie : ressentir n’est pas forcément le montrer
L’empathie est une notion complexe. En médecine, par exemple, être empathique consiste à comprendre la souffrance de l’autre et à chercher une réponse adaptée, sans nécessairement adopter la même émotion. Certains autistes peuvent être particulièrement sensibles à l’état émotionnel de leur entourage. « Ils sont comme des éponges. Ils sont très, très sensibles. Ils ressentent l’anxiété plus, plus, la tristesse plus, plus », témoigne Chams-Ddine Belkhayat. Son fils, par exemple, va spontanément consoler ses frères ou sœurs lorsqu’il les voit pleurer, illustrant ainsi que l’empathie et l’expression des émotions ne sont pas synonymes.
Quand la réaction sociale brouille les pistes
Un autre piège consiste à attendre une réaction émotionnelle conforme aux conventions sociales. Une personne autiste peut répondre de manière très factuelle à une annonce douloureuse, sans que cela signifie qu’elle ne comprend pas la peine de son interlocuteur. « Cette convention sociale, elle n’existe pas pour moi. Mais ça ne veut pas dire que je ne suis pas en me de comprendre ta tristesse », illustre la psychiatre en prenant l’exemple d’un patient suivi. Pour les deux experts, cette confusion entre absence de réaction attendue et absence de sentiments nourrit le préjugé. L’autisme englobe une grande diversité de profils et de vécus, rendant impossible de déduire les capacités émotionnelles d’une personne à partir de quelques comportements observables. Dépasser ce cliché implique également d’accepter que l’empathie puisse prendre des formes variées.
©Capture écran vidéo / Clotilde Costil
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