Faut-il apprendre à lire dès la maternelle ?
À trois ans et demi, Manon sait déjà lire. Cet apprentissage précoce est défendu par la chercheuse Céline Alvarez, qui plaide pour que la lecture débute dès la maternelle. Cette approche suscite l’enthousiasme chez certains enseignants, mais également des réserves parmi leurs collègues du primaire.
Elodie Fonseca, la mère de Manon et ancienne institutrice de maternelle, explique : « On va isoler le son que produit chaque lettre dans le mot. » Bien que Manon pratique la lecture à la maison, l’enseignement formel ne commence qu’au cours préparatoire (CP) dans les écoles, avec une méthode axée sur les syllabes plutôt que sur les sons. Elodie déplore l’absence de programmes permettant d’initier les enfants à la lecture plus tôt, affirmant que « les enfants sont prêts ».
Le débat sur l’enseignement précoce de la lecture passionne les enseignants. Près de 500 d’entre eux ont assisté à une formation de Céline Alvarez, qui défend cette méthode depuis 15 ans. Dans l’audience, de nombreux enseignants, comme Raphaël Lopetuso, estiment que cela donne un sens à l’éducation maternelle. Dorothée Debutler, une autre enseignante, note que les enfants reconnaissent déjà les lettres dans leur environnement quotidien, ce qui les amuse.
Cependant, certains enseignants de primaire expriment des inquiétudes. Charline Bariller partage que les futurs enseignants en CP s’interrogent sur la compatibilité de leurs programmes avec cette nouvelle approche.
Céline Alvarez soutient que commencer plus tôt pourrait réduire l’échec scolaire. Elle cite des recherches montrant qu’un enfant ayant des difficultés en fin de CP a 90 % de chances de rencontrer des problèmes similaires jusqu’en fin de secondaire. Elle insiste donc sur l’importance de prolonger le temps d’apprentissage pendant cette période cruciale.
L’Angleterre a déjà adopté cette approche depuis 2012, obtenant de meilleurs résultats. En France, le ministère de l’Éducation semble désormais ouvert à cette possibilité.
Source : Franceinfo

