Ana Silva, artiste angolaise, brode les fragilités du monde avec les rebuts - 100 % création

Ana Silva : broder les fragilités du monde avec des rebuts

Entre le Portugal et l’Angola, Ana Silva développe un langage artistique qui fusionne peinture, sculpture, installation et broderie. Nourrie par ses allers-retours entre l’Afrique et l’Europe, elle transforme des textiles usagés et des sacs plastiques en œuvres poétiques, dénonçant la pollution textile et interrogeant nos modes de vie. La broderie devient ainsi le cœur d’un récit puissant sur la mémoire, l’identité et la voix des femmes africaines, faisant de chaque pièce un geste d’engagement et d’espoir.

Pour cette artiste angolaise, la création n’est pas simplement un métier, mais une nécessité vitale. Après une maternité compliquée et une période de désorientation, elle retrouve son chemin en arpentant les marchés africains. Les étals de vêtements usés, aux couleurs vives, ainsi que la violence sociale et écologique qu’ils incarnent, deviennent le point de départ d’une œuvre engagée. Ana Silva souligne que « la majorité de ces habits qu’on vend en Afrique, c’est la poubelle », dénonçant ainsi une pollution textile qui affecte la mer, le sol et l’économie locale.

Face à ces montagnes de tissus inutilisés, elle choisit de récupérer des pièces pour créer des œuvres. Nappes, petits objets de cuisine et tissus improbables deviennent des matières premières artistiques. Ses installations monumentales, conçues à partir de ces rebuts, envoient un message fort sur les circuits de consommation et leurs conséquences en Afrique.

Très tôt fascinée par le textile, elle commence à travailler avec des sacs plastiques tissés. N’ayant pas pu utiliser la peinture sur cette matière, elle invente un langage textile en brodant : « J’ai décidé de broder, d’abord dessiner avec la machine et broder dessus. » Sa première pièce brodée date de 2021.

La broderie, qu’elle a apprise avec sa grand-mère, s’affirme surtout à la machine, une technique souvent perçue comme masculine en Afrique. Aujourd’hui, elle collabore avec plusieurs brodeurs, principalement du Congo, qui lui ont transmis leur savoir-faire.

Bien que son travail parte de l’intime, il est profondément social. Ana Silva raconte des situations choquantes qu’elle observe dans son environnement. Ses œuvres, nées de photos prises dans les marchés et les rues, racontent des histoires. Elle imprime, peint, coud, brode et laisse volontairement des espaces vides dans ses grands formats pour offrir « de la respiration » au regard.

Son engagement est également féministe. Elle insiste sur la fragilité de la place des femmes en Angola, affirmant qu’elles « tiennent la famille et les enfants », tout en se positionnant comme un modèle pour d’autres femmes africaines. Elle déclare : « C’est très important comme femme africaine d’être là où je suis maintenant, surtout dans une position où je peux montrer qu’on est capables de le faire. »

Reconnu d’abord à l’étranger, son travail commence à peine à être compris dans son propre pays. Entre Lisbonne et l’Angola, Ana Silva continue de vivre dans une « boule créative en permanence », créant pour elle-même et pour envoyer un message de beauté, de vigilance et de solidarité envers celles et ceux que la société ignore.

(Source : RFI)

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