En Allemagne, la coalition gouvernementale tente de sauver la croissance au détriment des travailleurs

En Allemagne, la coalition gouvernementale tente de sauver la croissance au détriment des travailleurs

Friedrich Merz, chancelier allemand, a récemment présenté un plan de réformes économiques et sociales, après plus d’un an à la tête du pays. Sa coalition, surnommée « noire-rouge » en référence aux partis qui la composent, l’Union chrétienne-démocrate (CDU) et le parti social-démocrate (SPD), a réussi à s’accorder sur un projet dévoilé le 2 juillet. Ce programme, intitulé « pour la relance économique et l’emploi », doit être voté par le Parlement cet automne et inclut également une réforme des retraites émanant d’une commission d’experts, la Rentenkommission.

Dans un contexte de compétitivité accrue en Europe, ces mes visent à dynamiser l’économie en assouplissant les normes pour les entreprises et en réduisant les protections sociales. Arnaud Lechevalier, maître de conférences à l’Université Paris 1, décrit cette initiative comme un « énième plan d’économies budgétaires de facture néolibérale », focalisé sur le coût du travail.

L’Allemagne fait face à une crise économique structurelle, avec une croissance projetée à seulement 0,6 % en 2026, stagnation qui dure depuis 2020. Les exportations, moteur traditionnel de l’économie allemande, subissent des pressions dues à divers chocs, dont la crise énergétique exacerbée par la guerre en Ukraine. Le pays a également été affecté par la montée en puissance de la Chine et des mes protectionnistes des États-Unis, entraînant une stagnation des exportations, qui représentent encore plus de 40 % du PIB.

La demande intérieure, qui a pris le relais des exportations comme principal moteur de la croissance, reste peu dynamique. Teresa Schildmann, chercheuse à l’Institut allemand d’études économiques (DIW), souligne que l’investissement et la consommation privés sont atones, tandis que seules les dépenses publiques montrent des signes de dynamisme, soutenues par un fonds d’investissement dans les infrastructures.

Le chancelier a également accepté d’augmenter les dépenses militaires à 3,5 % du PIB, conformément aux exigences de l’OTAN, avec des dépenses prévues à 110 milliards d’euros cette année, atteignant 162 milliards d’euros d’ici 2029. Cependant, ces mes ne répondent pas aux problèmes structurels de l’économie allemande, notamment la faiblesse des gains de productivité.

L’Allemagne est confrontée à un vieillissement de sa population, plus marqué qu’en France ou au Royaume-Uni, entraînant une réduction de la population active. Arnaud Lechevalier note que, bien que le taux d’activité des femmes et des seniors ait augmenté, la population active ne progresse plus, ce qui entrave la croissance potentielle.

Les réformes proposées risquent de fragiliser la situation financière des ménages. Une réforme de l’impôt sur le revenu vise à alléger la fiscalité des classes moyennes de 10 milliards d’euros, partiellement compensée par une hausse de l’imposition sur les plus hauts revenus. En matière d’emploi, les mes prévoient d’allonger la durée des CDD à quatre ans, de faciliter les licenciements pour les salariés les mieux payés et de pénaliser les chômeurs.

Concernant les retraites, la Rentenkommission propose de modifier l’indexation des retraites pour la rendre moins favorable aux pensionnés, notamment en écartant l’indexation sur les prix. Un fonds de retraite par capitalisation collective obligatoire est également envisagé, financé par une augmentation de la cotisation de 2 points de pourcentage.

Enfin, la coalition de Merz semble vouloir reproduire les réformes Hartz, qui avaient flexibilisé le marché du travail entre 2003 et 2005. Bien que ces réformes aient conduit à une augmentation de l’emploi, elles avaient également engendré une faible hausse des salaires réels et une augmentation des inégalités. La montée du parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (AFD) souligne le mécontentement face à ces politiques, le parti étant en tête des sondages nationaux, loin devant la CDU.

Source : Alternatives Économiques

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *