Autisme : le mythe de la mère froide déconstruit

« Il est autiste parce que sa mère était trop froide. » Cette théorie, longtemps véhiculée, est aujourd’hui invalidée par la science. Dans notre série de fact-checking, deux experts reviennent sur l’histoire de ce cliché et ses conséquences.

Pendant des décennies, des parents, et surtout des mères, ont été injustement accusés d’être à l’origine de l’autisme de leur enfant. Une idée reçue résumée par cette phrase : « Il a développé l’autisme parce que sa mère était trop froide et distante. » Ce mythe, encore présent aujourd’hui, est totalement démenti par les connaissances actuelles sur le trouble du spectre de l’autisme (TSA).

Dans ce cinquième épisode de notre série de fact-checking vidéo, Chams-Ddine Belkhayat, père d’un enfant autiste et directeur de l’association AFG Autisme, et Marie-Maude Geoffray, psychiatre de l’enfant et de l’adolescent à l’hôpital du Vinatier à Lyon, reviennent sur l’origine de cette théorie. « Cette histoire de mère froide ou distante n’est pas du tout valable. C’est une croyance d’un autre temps », explique la spécialiste.

De la « mère réfrigérateur » à une vision moderne de l’autisme

Cette théorie trouve son origine au milieu du XXe siècle, notamment dans les travaux controversés du psychanalyste Bruno Bettelheim, qui popularise l’idée de la « mère réfrigérateur ». Selon cette hypothèse, l’autisme serait une réaction de l’enfant face à une mère émotionnellement absente.

Une interprétation aujourd’hui abandonnée. « Cela vient d’une époque où la science n’était pas aussi avancée », rappelle Chams-Ddine Belkhayat. À cette période, l’autisme était encore mal compris et portait même le nom de « schizophrénie infantile », un terme désormais obsolète. « Aujourd’hui, heureusement, on n’en est plus là : on sait que c’est un trouble du neurodéveloppement », insiste-t-il.

Quand les difficultés d’interaction ont été mal interprétées

Cette confusion est aussi née d’une mauvaise lecture des comportements des jeunes enfants autistes. Certains peuvent rechercher moins spontanément les interactions, le contact visuel ou les échanges sociaux. Une réalité qui ne traduit pas un manque d’amour ou d’investissement parental. « Quand vous avez un enfant qui a de l’autisme, cela peut vraiment mettre à mal vos liens avec votre enfant, puisqu’il ne va pas forcément venir vous chercher, jouer avec vous ou répondre à vos sourires », explique Marie-Maude Geoffray. Le problème n’est donc pas une absence d’attachement, mais une manière différente d’entrer en relation.

Pour Chams-Ddine Belkhayat, ces anciennes théories ont surtout laissé des traces douloureuses : « Les mauvaises hypothèses ont la vie dure. » Elles ont contribué à culpabiliser des familles déjà fragilisées et à détourner l’attention des vrais besoins : comprendre le fonctionnement de l’enfant et proposer un accompagnement adapté.

La psychanalyse face aux recommandations actuelles

Aujourd’hui, les recommandations françaises, notamment celles de la Haute autorité de santé, ne retiennent pas la psychanalyse comme une approche adaptée pour expliquer ou accompagner les troubles autistiques. Cela ne signifie pas qu’elle n’a aucune place dans la société, mais qu’elle ne correspond pas aux connaissances actuelles sur le neurodéveloppement.

« Ce n’est pas dire que la psychanalyse ne doit pas exister dans la société française. C’est dire que ce n’est pas adapté à la compréhension des difficultés des enfants autistes et de leurs familles », précise Marie-Maude Geoffray. Déconstruire le mythe de la « mère froide », c’est aussi changer de regard sur l’autisme : non pas une conséquence d’une mauvaise éducation ou d’un manque d’amour, mais une variation du fonctionnement du cerveau. « On peut avoir un cerveau qui fonctionne différemment de celui de son voisin. Cela ne fait pas de soi quelqu’un de pire, simplement quelqu’un de différent », rappelle l’experte.

©Capture écran vidéo / Clotilde Costil

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr »

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