Chasse aux trophées : qu’attend le gouvernement pour l’interdire ?
La chasse aux trophées d’espèces protégées, qui consiste à débourser des sommes considérables pour abattre des animaux rares comme les éléphants, léopards ou rhinocéros, suscite une controverse grandissante. Cette pratique, qui permet d’importer des parties d’animaux, est perçue comme une aberration écologique, d’autant plus que la rareté des espèces augmente leur valeur sur le marché.
Cette activité alimente un commerce international lucratif, sans bénéfices tangibles pour la faune sauvage ni pour les communautés locales. Elle est défendue par certains responsables cynégétiques, comme Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, qui parle d’une « leçon d’écologie néocolonialiste » pour ceux qui s’opposent à cette pratique. Cependant, cette position ne reflète pas l’ensemble du monde cynégétique. De nombreux « chasseurs du dimanche » préfèrent une approche locale et populaire, et ne se reconnaissent pas dans ces safaris de luxe.
Un soutien grandissant et transpartisan
Depuis plusieurs années, des initiatives parlementaires se multiplient pour interdire l’importation de trophées de chasse d’espèces menacées. Une proposition de loi a été adoptée à la quasi-unanimité en commission à l’Assemblée nationale, et un texte a été redéposé en avril 2025, cosigné par 82 parlementaires de neuf groupes. D’autres textes ont été déposés au Sénat et des amendements adoptés dans le cadre du Projet de loi de finances 2026.
Un soutien transpartisan se dessine, et un courrier officiel du gouvernement, daté du 20 mars 2026, a reconnu la nécessité d’agir en faveur d’une interdiction de ces importations. Selon un sondage Ifop de 2023, 91 % des Français sont favorables à cette interdiction, et plus de 50 000 citoyens ont signé une pétition demandant un vote au Parlement.
Le monde scientifique se mobilise également, avec une tribune de soutien à l’interdiction signée par plus de 140 scientifiques et ONG.
Contradiction des engagements français en matière de biodiversité
Malgré ce consensus, la question demeure : pourquoi une telle inaction ? Depuis la dissolution de l’Assemblée, les marges de manœuvre parlementaires sont réduites. L’agenda législatif est saturé, rendant improbable l’examen d’une proposition de loi sur les trophées de chasse d’ici 2027. Cette situation profite au statu quo, et le principal obstacle semble désormais être d’ordre institutionnel et politique.
Pourtant, le gouvernement dispose de leviers d’action immédiats. Le ministre délégué chargé des Relations avec le Parlement, Mathieu Lefèvre, a indiqué qu’une approche stricte devait être adoptée à l’égard des importations de trophées de chasse, soulignant la nécessité de préserver la crédibilité d’autres pratiques cynégétiques.
La France a déjà prouvé sa capacité à agir rapidement en interdisant l’importation de trophées de lion en 2015. D’autres pays, comme les Pays-Bas, la Belgique et la Finlande, ont également légiféré sur ce sujet. Ainsi, la question n’est pas de savoir s’il faut agir, mais bien de définir quand et comment le gouvernement traduira ses engagements en actes.
La pression monte pour que le gouvernement prenne la décision d’interdire l’importation de trophées d’espèces menacées. Le consensus est présent, ne reste plus qu’à passer à l’action.
Source : Tribune cosignée par Sandra Regol et Yannick Jadot, ainsi que plus de cinquante parlementaires.
