La souveraineté numérique se joue désormais dans les infrastructures critiques

La souveraineté numérique se joue désormais dans les infrastructures critiques

À l’heure du cloud et de l’intelligence artificielle, la souveraineté numérique ne dépend plus seulement de la localisation des données. Elle repose sur la maîtrise des infrastructures critiques.

Pendant longtemps, la souveraineté numérique a été pensée principalement sous l’angle de la localisation des données. Bien que cette approche soit cruciale, notamment en raison des exigences européennes en matière de protection des données, elle ne suffit plus. Une donnée n’a de valeur que si elle peut être stockée, traitée, sécurisée et rendue disponible en permanence. Derrière chaque application métier, chaque plateforme cloud ou chaque système d’intelligence artificielle se trouvent des infrastructures qui rendent cette exploitation possible.

L’essor du cloud illustre ce changement de paradigme. Selon Eurostat, plus d’une entreprise européenne sur deux utilise des services de cloud computing. Cette externalisation croissante des traitements déplace les enjeux de souveraineté. La question stratégique n’est plus seulement de savoir où résident les données, mais qui maîtrise les infrastructures qui permettent de les exploiter et quelles dépendances technologiques elles créent.

Les infrastructures numériques deviennent des actifs stratégiques

Cette évolution confère aux infrastructures numériques une importance comparable à celle des réseaux énergétiques ou logistiques. Les centres de données ne sont plus de simples lieux d’hébergement : ils concentrent les capacités de calcul nécessaires au fonctionnement des administrations, des entreprises et, désormais, de l’intelligence artificielle.

Cette transformation s’observe particulièrement dans les dynamiques territoriales de l’Hexagone. La région Île-de-France constitue aujourd’hui l’un des principaux pôles européens de centres de données, avec 50 % du nombre total des data centers selon EY. Paris figure parmi les cinq principaux marchés européens de data centers selon les analyses de CBRE Europe Data Centres. Marseille est devenue une porte d’entrée stratégique des flux numériques internationaux grâce à une vingtaine de câbles sous-marins reliant l’Europe à l’Afrique, au Moyen-Orient et à l’Asie. De nouveaux projets de data centers émergent également dans les Hauts-de-France, notamment à Dunkerque, où la disponibilité d’une électricité abondante et faiblement carbonée attire les investissements. Pour l’État français, la souveraineté numérique devient ainsi une question de politique industrielle et d’aménagement du territoire, comme le montre les 109 milliards d’euros d’investissements annoncés pour l’IA au Sommet pour l’action sur l’IA prévu en février 2025.

Dans de telles conditions, l’autonomie absolue relève de l’illusion. Une organisation peut héberger ses données en Europe tout en dépendant d’acteurs étrangers pour ses plateformes cloud, ses équipements réseau, ses capacités de calcul ou certains composants logiciels critiques. L’enjeu n’est donc pas d’éliminer toutes les dépendances, mais d’identifier celles qui sont stratégiques, d’en maîtriser les risques et de préserver des capacités de réversibilité.

La résilience devient un critère de souveraineté

Cette mutation place la résilience au cœur de la souveraineté numérique. Une infrastructure n’est véritablement stratégique que si elle demeure capable d’asr la continuité des services face à une cyberattaque, une panne majeure, une rupture d’approvisionnement énergétique ou la défaillance d’un fournisseur critique.

Une telle approche irrigue les politiques européennes. Avec la directive NIS2, qui concerne près de 100 000 entités, et le règlement DORA de 2022, qui touche 22 000 entités financières, les exigences portent autant sur la continuité des activités, la gestion des risques et la maîtrise des dépendances que sur la seule protection des systèmes d’information. Pour l’ensemble des structures concernées, la souveraineté ne se réduit plus à une logique de conformité ; elle devient une capacité à maintenir les services essentiels dans la durée.

Une nouvelle responsabilité stratégique

Les organisations doivent désormais faire face à des défis organisationnels. Les directions générales ne peuvent plus se limiter aux enjeux de cybersécurité ou de conformité réglementaire. Elles doivent cartographier leurs infrastructures critiques, identifier leurs dépendances technologiques, anticiper les risques de rupture et intégrer ces paramètres dans leurs décisions d’investissement.

Certaines entreprises de services numériques engagées dans la souveraineté numérique peuvent être d’une aide précieuse, notamment parce qu’elles exploitent leurs propres data centers, localisés en Europe. C’est un atout pour les organisations, qu’elles soient privées ou publiques. Les entreprises placent de plus en plus la souveraineté au cœur de leurs priorités et sollicitent leurs partenaires pour repenser leur stratégie et la gestion de leurs infrastructures.

Au XXIᵉ siècle, les centres de données, les réseaux de télécommunications, les capacités de calcul et l’énergie qui les alimente constituent des actifs stratégiques. La souveraineté numérique ne se me donc plus uniquement à l’emplacement des données, mais se construit dans la capacité à maîtriser les infrastructures critiques qui garantissent leur disponibilité et asnt la résilience des organisations face aux crises.

Source : Eurostat, EY, CBRE Europe Data Centres

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