En France, la DGSI mise sur ChapsVision pour tourner la page Palantir !

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) mise sur la souveraineté et l’indépendance numériques. Après avoir adopté Palantir en 2016, la DGSI a retenu l’éditeur tricolore ChapsVision et sa plateforme ArgonOS pour reprendre, à terme, le flambeau de l’analyse de données à grande échelle. Une transition marquante en matière de souveraineté, mais qui s’annonce longue et délicate à mettre en œuvre.

Revenons quelques années en arrière, à une époque où la DGSI s’était tournée vers la solution américaine Palantir. C’était en 2016, dans le sillage de l’année 2015 marquée par les attentats de Charlie Hebdo, de l’Hyper Cacher et du Bataclan. Près d’une décennie plus tard, il y a eu beaucoup de changements, y compris au niveau du contexte géopolitique, et le besoin de reprendre la main sur un outil critique a fini par s’imposer.

Et la France est loin d’être seule à composer avec Palantir. L’éditeur américain est présent bien au-delà des frontières des États-Unis, où le Pentagone, l’agence d’immigration ICE et plusieurs administrations fédérales figurent parmi ses clients de longue date. Sur la scène internationale, ses outils se retrouvent notamment :

  • Au Royaume-Uni, deuxième marché mondial du groupe, du système de santé NHS aux usages militaires,
  • En Ukraine, où sa technologie soutient les opérations militaires face à la Russie,
  • En Israël, où l’entreprise fournit un appui à l’armée, tout en démentant toute implication dans les programmes de ciblage employés à Gaza.
  • En Allemagne, où plusieurs Länder, dont la Bavière, la Hesse et la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, déploient la solution Gotham au profit de leurs polices.

Dès 2022, un appel d’offres baptisé OTDH (outil de traitement de données hétérogènes) avait été lancé pour bâtir une alternative française. En 2023, la sélection s’était resserrée autour de trois candidats : Athea (alliance Atos-Thales), Blueway et ChapsVision. Désormais, le choix a été fait.

Une bascule confirmée, mais étalée dans le temps

ChapsVision a remporté la mise. L’éditeur a décroché deux lots successifs, l’un fin 2024 dédié à la préparation de la donnée, l’autre ce mois de juin 2026, consistant à rendre la connaissance exploitable via la modélisation, la sécurisation et la visualisation. Désormais, la mission de ChapsVision va être de remplacer Palantir.

Pourtant, fin 2025, Palantir a reconduit son contrat avec la DGSI pour plusieurs années. Cela peut sembler contradictoire avec cette nouvelle décision, mais en réalité, pas tant que ça. Cette transition de Palantir vers ChapsVision s’annonce longue, donc les outils de Palantir resteront en service jusqu’à l’intégration complète de la solution française.

On parle de la DGSI, pas d’un supermarché : il est question de sécurité intérieure au sein d’un service très sensible. Il est donc question de protection de la France et de ses citoyens. Les travaux de la DGSI permettent de déjouer régulièrement des attentats, donc la France ne peut pas se permettre d’être moins efficace à cause d’un changement d’éditeur.

Matignon explique que « cette phase permettra le temps nécessaire de former les équipes et préparer la migration vers la solution de ChapsVision ». Cette précision en dit long sur la réalité technique d’un tel chantier. Dans un service aussi sensible que le renseignement intérieur, changer de plateforme ne se résume pas à changer de fournisseur. Au-delà de former les agents, il faut garantir la continuité des enquêtes en cours et s’asr que la solution tienne la charge en conditions réelles.

Ce que l’on sait sur ChapsVision

Fondé en 2019 par Olivier Dellenbach, ChapsVision s’est forgé via un ensemble d’acquisitions : Coheris (CRM), Bertin IT (veille en cybersécurité), Vecsys (reconnaissance vocale), Elektron (data intelligence), et plus récemment Sinequa, spécialiste historique des moteurs de recherche.

Au cœur de ce que propose ChapsVision, il y a la plateforme ArgonOS. Il s’agit d’une solution modulaire capable de collecter, préparer, traiter et analyser des quantités massives de données, quels que soient leur format ou leur source. Elle contient un arsenal de fonctionnalités taillé pour les missions de renseignements, comme :

  • Extraction automatisée d’informations à partir de documents, d’images et de médias,
  • Enrichissement OSINT (obtention d’informations à partir de sources ouvertes),
  • Recherche et investigation pour mettre au jour des tendances dissimulées.

À cela s’ajoutent des fonctionnalités basées sur l’IA générative et les agents IA. La DGSI pourra également choisir son mode de déploiement pour ArgonOS : sur site, en environnement déconnecté ou au sein d’un Cloud souverain.

Pendant ce temps, chez les pays voisins, on se pose aussi des questions sur l’utilisation des solutions de Palantir. Par exemple, du côté de l’Allemagne, le choix de ChapsVision semble aussi se confirmer, là encore pour remplacer Palantir à terme. En effet, le renseignement intérieur allemand aurait lui aussi retenu ArgonOS pour se passer de Palantir.

Au-delà de la technique, ce choix s’inscrit dans un mouvement de fond. Les gouvernements européens réexaminent aujourd’hui leurs dépendances numériques, et cela va bien plus loin que le questionnement autour de l’usage de suites bureautiques souveraines.

Source : IT-Connect.

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