« A l’époque, on en ramenait une centaine »… Au Croisic, tout est bon pour comprendre la baisse des stocks de homards

Au Croisic, une expérimentation pour contrer la baisse des stocks de homards

Il ne faut pas avoir peur de se prendre un coup de pince à la criée du Croisic. Marion Citeau, responsable antenne du Comité Régional des Pêches des Pays de la Loire (Corepem), plonge ses mains dans des bacs de homards sans crainte. Maintenus par leur carapace, les crustacés sont mesurés puis retournés pour s’asr qu’il s’agit bien de femelles. Une fois le check-up terminé, les homards se voient marquer l’uropode (appendice abdominal) et reçoivent une petite marque en forme de V sur la queue.

Cette opération n’est pas un rituel sadique, mais une expérimentation menée par le Corepem et l’Ifremer pour lutter contre la baisse des stocks de homards sur le banc de Guérande. L’objectif est de marquer les jeunes femelles avant de les relâcher dans l’océan, leur permettant ainsi de compléter un cycle de reproduction supplémentaire.

Depuis le début de juin, les pêcheurs volontaires sont invités à isoler les femelles à leur retour de pêche. À leur arrivée, elles sont conservées au frais puis mesurées. Si leur taille dépasse les 105 millimètres, elles sont conservées ; sinon, elles sont remises à l’eau. Armand Brun, chargé de mission au Corepem, précise que « les femelles de moins de 105 millimètres sont trop immatures pour avoir été grainées. » Les marins doivent relâcher les homards lors du prochain voyage en mer et ne peuvent pas débarquer des femelles déjà marquées.

La baisse du nombre de homards est une tendance générale observée depuis une dizaine d’années. Les chercheurs n’ont pas encore déterminé la cause de cette diminution, mais trois hypothèses sont avancées : l’arrivée des parcs éoliens, le changement climatique et l’arrivée massive du poulpe, prédateur des homards.

Les ports du Croisic et de Noirmoutier représentent 66 % des débarquements de homards dans la région, tandis que les Pays de la Loire représentent 20 % des débarquements de homard en France, soit environ 50 tonnes par an. Toutefois, les viviers sont de moins en moins remplis. Ludovic Thobi, pêcheur depuis quatre ans, indique qu’autrefois ses collègues ramenaient une centaine de homards par jour, contre une trentaine aujourd’hui.

Pour les pêcheurs, la vente de homards constitue une part importante de leur chiffre d’affaires. Ludovic Thobi exprime ses inquiétudes sur l’avenir de cette pêche. Bien qu’il ait envisagé de se tourner vers le poulpe, il souligne que cela impliquerait de renoncer à la pêche au homard et à la crevette, dont la récolte se fait au même moment. Le prix du homard à l’achat augmente, mais pas de manière significative, selon les spécialistes.

À quelques centaines de mètres de la criée, l’Océanorium du Croisic adopte une méthode différente : récupérer les larves des femelles plus âgées pour les élever quelques semaines avant de les relâcher. La demande de homards, elle, ne diminue pas.

Source : 20 Minutes

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