Pénurie de soufre : la guerre au Moyen-Orient impacte l’économie mondiale
L’impact économique de la guerre au Moyen-Orient pourrait s’étendre bien au-delà du secteur pétrolier. L’offensive militaire américaine et israélienne en Iran, ainsi que le blocage du détroit d’Ormuz, menacent la disponibilité du soufre et de son dérivé, l’acide sulfurique, des matières premières essentielles pour l’agriculture et l’industrie métallurgique.
Environ 80 millions de tonnes de soufre sont produites chaque année dans le monde. Historiquement extrait de mines, plus de 90 % du soufre actuellement disponible est « coproduit » lors du raffinage du pétrole et du traitement du gaz naturel. Près d’un quart de cette production mondiale provient du Moyen-Orient, où des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït et l’Iran jouent un rôle clé. Selon Fiona Boyd, cofondatrice du cabinet britannique Acuity Commodities, « le Moyen-Orient produit en réalité plus de la moitié du soufre commercialisé dans le monde ».
Le blocage du détroit d’Ormuz et les attaques sur les infrastructures énergétiques nuisent gravement à la production et à la livraison de soufre. « À notre connaissance, pas un navire contenant du soufre n’a pu traverser le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit », indique Fiona Boyd. Le prix du soufre avait déjà été multiplié par 7 entre janvier 2024 et 2026 et devrait rester élevé, selon Sarah Marlow, responsable des fertilisants chez Argus.
Cette situation est particulièrement préoccupante pour l’agriculture, car l’acide sulfurique est crucial dans la production d’engrais phosphatés. « Plus de 50 % du soufre sert à fertiliser les sols, qu’il soit utilisé directement comme engrais ou pour produire de l’acide sulfurique », souligne Aurélien Reys, analyste au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Les agriculteurs ressentent déjà les effets de la hausse des prix des hydrocarbures et d’autres fertilisants, comme l’urée, dont le prix a augmenté de 70 % en quelques semaines. Alors que la région fournit jusqu’à 30 % des engrais mondiaux, seuls six bateaux ont pu sortir depuis le début du conflit le 28 février.
Des experts anticipent une hausse de 15 à 30 % des prix des produits agricoles d’ici six à neuf mois, même si le détroit d’Ormuz rouvrait immédiatement. En France, plus de 80 % des besoins en fertilisants pour la campagne agricole 2025-2026 ont déjà été couverts, mais les agriculteurs qui achètent leurs engrais maintenant seront confrontés à des prix élevés, ce qui pourrait les inciter à réduire leurs achats.
L’acide sulfurique est également essentiel pour le marché des métaux de base, notamment pour l’extraction de cuivre, nickel, uranium et terres rares. Une hausse des prix du soufre pourrait ralentir la production de métaux, affectant ainsi l’ensemble de l’économie mondiale.
La situation demeure incertaine, et un retour à la normale semble peu probable dans un avenir proche. Des restrictions sur les exportations d’acide sulfurique en provenance de pays comme la Chine pourraient aggraver la crise.
Source : Franceinfo
