Qui pour porter la voix de l’écologie à la présidentielle ?
Face à une primaire de la gauche en difficulté, l’avenir d’une candidature des Écologistes pour l’élection présidentielle de 2027 se pose. En amont du conseil fédéral du parti prévu les 6 et 7 juin, les ailes droite et gauche du mouvement ont déposé une motion commune pour établir un cadre stratégique.
Rares sont ceux qui croient encore en l’organisation d’une telle primaire, et des voix se font entendre pour que le parti définisse rapidement une stratégie, à moins d’un an de l’élection. La motion vise à anticiper la situation si la primaire n’est pas organisée avant le 30 octobre 2026, ou si son périmètre ne dépasse pas celui des partis membres du groupe « écologiste et social » à l’Assemblée nationale, notamment en cas d’absence du Parti socialiste (PS).
Dans ce cas, un débat et un vote devront être organisés au plus tard fin septembre. Le Conseil fédéral devra alors déterminer les modalités de participation des Écologistes à l’élection présidentielle de 2027 et, en cas de vote en faveur d’une candidature écologiste, les modalités de désignation du ou de la candidate.
Ni LFI, ni le PC, ni Place publique
Marine Tondelier, désignée pour représenter son parti dans le cadre de la primaire, voit sa candidature remise en question si celle-ci n’a pas lieu. Le processus, prévu pour le 11 octobre, rencontre des obstacles : ni La France insoumise (LFI), ni le Parti communiste (PC), ni Place publique ne semblent disposés à participer. Ce contexte divise le PS, soutenu par Olivier Faure.
À la veille du conseil fédéral, la direction du parti a demandé le report de la motion au prochain conseil, prévu pour octobre, ce qui pourrait empêcher le débat souhaité.
Un militant a exprimé que « la direction veut éviter tout débat », ajoutant que la proposition de Faure pourrait servir à temporiser la situation.
Résistances internes
Un scrutin interne au PS pourrait inclure Raphaël Glucksmann, dont le vainqueur participerait ensuite à la primaire avec les autres partis de gauche, à l’exception des insoumis et des communistes. La réception interne de ce plan reste incertaine, Glucksmann ayant lui-même rejeté cette proposition.
L’annonce de la double primaire ne convainc pas les militants écologistes. Selon le politologue Rémi Lefebvre, « le verrou, c’est le PS. Olivier Faure a sous-estimé les résistances internes à son parti ». La motion vise à encourager un débat pour sortir de la logique actuelle de trait d’union.
Candidature autonome ?
Le militant Clovis Daguerre a souligné l’importance d’un débat pour envisager une candidature autonome ou un soutien au PS ou à LFI. En juillet 2025, plusieurs figures de gauche avaient promis un « candidat commun » pour 2027, en l’absence du PCF, de LFI ou de Place publique.
Cependant, les réunions pour établir un socle programmatique ont été interrompues, laissant des doutes sur la capacité à impulser une dynamique collective.
Difficile pour Les Écologistes de partir seuls
Le parti souffre de divisions internes, et la primaire a rapidement perdu son élan. Harmonie Lecerf Meunier a déploré que si chaque parti verrouille le processus, cela éloigne les électeurs de la politique.
Marine Tondelier a maintenu son intention de participer à la primaire, malgré les divisions au sein du PS. Si elle n’est pas élue candidate, elle a précisé que le parti ne soutiendrait une autre candidature que si celle-ci avait gagné la primaire.
Les Écologistes ont enregistré de faibles scores lors des dernières élections : moins de 5 % à la présidentielle de 2022 et 5,5 % aux européennes. Ils ont perdu la majorité de leurs grandes villes, ne conservant que trois : Grenoble, Tours et Lyon.
Quid des liens avec les insoumis ?
Certains au sein du parti craignent que, sans primaire, Les Écologistes ne se rallient au PS, qui est perçu comme une « machine à perdre ». Les Verts populaires, un groupe dissident, ont récemment annoncé leur soutien à Jean-Luc Mélenchon.
Des députés écologistes, inquiets pour leur avenir en 2027, envisagent de rejoindre le leader insoumis. Claire Monod, militante, a souligné la nécessité d’une coalition pour éviter de donner la majorité au Rassemblement national.
Dans ce contexte, le conseil fédéral des 6 et 7 juin pourrait être particulièrement houleux.
Source : Reporterre
