« 35 à 40 % des agricultrices ne prennent pas leur congé maternité » : être enceinte et exploitante agricole, un parcours du combattant
Publié le 18/06/2026 à 06h30
Pas facile de mener de front une vie de maman avec une vie professionnelle lorsque l’on est agricultrice. Près de 40 % d’entre elles ne prennent pas de congé maternité auquel elles ont pourtant droit. Pour comprendre les contraintes, voici le témoignage de Marie, vigneronne dans le Tarn.
Quatre exploitantes agricoles sur dix ayant accouché en 2024 n’ont pas pris leur congé maternité, selon la MSA, la mutualité sociale agricole. Pour celles qui choisissent de le prendre, c’est un parcours du combattant qui commence. Marie Montels, installée à Gaillac dans le Tarn, a repris le domaine viticole familial en 2020. Lorsqu’elle tombe enceinte de son premier enfant, elle se heurte rapidement à la complexité du congé maternité.
« Il fallait trouver un remplaçant pour bénéficier d’une allocation de remplacement, » témoigne Marie. La MSA se charge de payer ce remplaçant pendant le congé maternité. Si un remplaçant n’est pas trouvé, des indemnités journalières peuvent être demandées.
Cependant, pour Marie, trouver un remplaçant capable de gérer une exploitation comme la sienne s’avère impossible. Elle souligne : « Remplacer sur une fonction, c’est possible, mais on oublie souvent tous les aspects du métier, comme la gestion de la vigne, de la cave, la vente, la communication, la comptabilité, l’administratif. En fait, on a dix casquettes différentes. »
Bien que Marie ait pu se faire remplacer par son conjoint et sa mère, ce n’est pas le cas de toutes les exploitantes. Elle a d’ailleurs réalisé une vidéo sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette situation. « Il y a entre 35 et 40 % des agricultrices qui ne prennent pas leur congé maternité ou qui ne demandent pas d’indemnités journalières, » affirme-t-elle. « Ce n’est pas normal, c’est un droit que nous avons et que nous ne nous accordons pas. »
Cette situation met en lumière la nécessité d’adapter les droits des agricultrices afin qu’elles puissent bénéficier des mêmes protections que les salariées.
Article écrit à partir d’un reportage de Sarah Nabli et June Raclet.
