Washington exige la poursuite de la vente de fromages américains au Mexique sous des appellations européennes
Washington a formulé une exigence claire : les producteurs américains doivent pouvoir continuer à vendre au Mexique des fromages portant des noms tels que « parmesan » et « feta ». Cette querelle d’appellations est cruciale, car elle concerne l’accès au premier marché étranger du fromage américain, évalué à près d’un milliard de dollars par an.
Les producteurs américains commercialisent des produits étiquetés « parmesan », « feta », « asiago » et « manchego ». Pour les États-Unis, ces termes sont devenus des noms génériques, utilisés depuis des décennies par des fabricants du monde entier. En revanche, l’Union européenne soutient que certains de ces noms doivent rester liés à une origine géographique et à un savoir-faire spécifique.
Ce différend commercial s’est intensifié alors que les États-Unis et le Mexique négocient un accord commercial provisoire et préparent la révision de l’Accord de libre-échange nord-américain (AEUMC). La modernisation de l’accord commercial entre le Mexique et l’Union européenne, signée en mai, accorde une protection juridique à de nombreuses indications géographiques européennes, dont le Parmigiano Reggiano, la feta et le manchego.
Le traité, qui n’est pas encore entré en vigueur, doit être ratifié par le parlement mexicain, offrant à Washington une opportunité de négocier des garanties supplémentaires. Les producteurs américains craignent que les nouveaux entrants sur le marché mexicain soient contraints de renoncer aux noms de fromages reconnus ou d’utiliser des étiquettes comme « fromage de type feta ».
Jaime Castaneda, vice-président exécutif de l’US Dairy Export Council, a déclaré que les actions du Mexique étaient « injustifiées » et a demandé au gouvernement mexicain de garantir l’accès au marché pour les producteurs américains et mexicains utilisant des noms courants.
L’administration américaine critique depuis plusieurs années le système européen des indications géographiques. Dans un rapport publié en 2026, le Bureau du représentant américain au Commerce (USTR) a qualifié de « nuisible » l’extension des protections européennes, arguant qu’elle limite l’accès aux marchés étrangers pour les produits américains. Le rapport cite spécifiquement le parmesan et la feta comme des noms jugés génériques.
Le Mexique représente un débouché vital pour la filière laitière américaine, avec des ventes de fromages atteignant 965 millions de dollars en 2025. En incluant l’ensemble des produits laitiers, les exportations américaines vers le pays ont totalisé 2,6 milliards de dollars, représentant 27 % des ventes à l’étranger.
Le Mexique est le premier client étranger des fromagers américains, absorbant environ un tiers de leurs exportations. Environ 30 % du fromage consommé au Mexique est désormais importé, principalement des États-Unis.
Les producteurs européens soulignent que ce conflit illustre deux conceptions opposées de l’agriculture. Les États-Unis soutiennent que ces noms sont devenus des catégories de produits, tandis que les Européens insistent sur le lien entre un fromage, son territoire et ses méthodes de fabrication.
La Commission européenne a affirmé que l’accord signé avec le Mexique ne peut plus être renégocié. Ce traité prévoit un accès sans droits de douane pour la majorité des marchandises échangées, mais avec des quotas pour certains produits agricoles.
Ce conflit survient à un moment délicat pour le Mexique, qui cherche à réduire les droits de douane sur ses exportations vers les États-Unis. Les négociations en cours pourraient être utilisées par Washington pour exercer une pression sur Mexico concernant les appellations fromagères.
Source : BFM TV

