Détroit d’Ormuz : Washington adopte une technique de contrebande iranienne pour exporter le pétrole
Dans l’ombre du détroit d’Ormuz, une opération secrète de l’armée américaine orchestrerait des transferts massifs de pétrole entre navires pour contourner un risque de blocage, révèle Reuters ce mardi 16 juin. Deux sites précis où ont lieu ces transferts ont été identifiés par 11 personnes connaissant l’opération, débutée en mai : l’un au large de Fujairah aux Émirats arabes unis, l’autre au large du port omanais de Sohar. Au moins 92 navires ont participé aux transferts, selon des données maritimes et des images satellites consultées par l’agence de presse.
D’après plusieurs sources, dont un ancien responsable américain, un hélicoptère Apache abattu par l’Iran le 9 juin, déclenchant des frappes de représailles américaines, a participé à cette mission. À partir d’images satellites, Reuters a compté six paires de pétroliers regroupés dans une petite zone au large du port de Sohar, le jour où l’Apache a été détruit. En réponse aux questions de Reuters, un responsable de la défense américaine a déclaré qu’aucune force du Commandement central (Centcom) ne participe à une opération de transfert de pétrole de navire à navire en mer. La Maison-Blanche a renvoyé vers le Centcom, et le gouvernement iranien n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Des opérations sous contrôle de l’armée
Ces opérations de transfert sont entièrement contrôlées par l’armée américaine, selon huit sources, dont un consultant privé en sécurité impliqué dans les transferts. Les pétroliers, dont les transpondeurs sont éteints et les feux atténués pour éviter d’être repérés, doivent se rendre à un point de rencontre avant d’atteindre le détroit, puis échelonner leurs départs de manière à être espacés d’environ 3 000 à 4 000 mètres. Une série de points de navigation permet à l’armée américaine de suivre la progression des navires désignés. Lorsqu’ils franchissent le détroit, juste au-delà d’une zone considérée par l’Iran comme relevant de son contrôle, les pétroliers se mettent bord à bord avec des Very Large Crude Carriers (VLCC) pour commencer les transferts de pétrole. Les navires vides repartent ensuite en navette à travers le détroit, tandis que les VLCC chargés poursuivent leur route.
Cette technique de transfert de navire à navire est utilisée par l’Iran depuis des années pour contourner les sanctions, masquant ainsi l’origine du pétrole. L’opération dirigée par les États-Unis, impliquant des transferts massifs, offre aux producteurs du Golfe une meilleure protection contre les représailles iraniennes pour permettre l’exportation de brut, de condensats et de produits pétroliers vers les acheteurs internationaux.
De nombreux risques
Cependant, cette méthode n’est pas sans risques. « On ne sait jamais quand l’Iran peut décider d’utiliser des drones ou des vedettes armées pour empêcher ces navires de traverser », explique Noam Raydan, chercheur à l’Institut de Washington spécialisé dans les risques maritimes. Le week-end dernier, un « projectile inconnu » a frappé un pétrolier au large d’Oman, selon le groupe britannique de gestion des risques maritimes Vanguard. D’autres risques entourent ce procédé : manque de données fiables, transpondeurs éteints, absence de signalement habituel, augmentant les risques de collision, notamment lors de navigations nocturnes.
S’ils sont approuvés, les navires reçoivent des créneaux de passage et restent en contact avec le bureau de coopération navale américain à Bahreïn. Les exportations émiraties représentent une part importante de l’opération, avec environ 2,3 millions de barils de brut transférés depuis un navire près de Sohar le 6 juin, selon TankerTrackers.com.
Source : Reuters