Moonshot AI : le prodige chinois que Washington accuse d'avoir copié Anthropic – L'Express

Moonshot AI : le prodige chinois accusé par Washington d’avoir copié Anthropic

En l’espace de cinq jours, Kimi K3 est passé d’une innovation technologique à un sujet de préoccupation pour la Maison-Blanche. Le 17 juillet, la start-up pékinoise Moonshot AI a présenté ce modèle, affirmant qu’il pouvait rivaliser avec les meilleures intelligences artificielles américaines à un coût réduit. Cependant, le 22 juillet, Washington a accusé Moonshot d’avoir partiellement atteint ces performances en copiant les capacités du modèle Fable d’Anthropic et en utilisant des puces Nvidia, dont l’accès est censé être restreint pour les entreprises chinoises.

Cette affaire soulève deux inquiétudes majeures aux États-Unis concernant les avancées chinoises dans le domaine de l’intelligence artificielle. D’une part, les entreprises chinoises développent désormais des modèles presque aussi rapidement que leurs homologues américaines. D’autre part, la manière dont elles y parviennent suscite des interrogations. Michael Kratsios, directeur du Bureau de la politique scientifique et technologique de la Maison-Blanche, a déclaré que Moonshot avait « distillé » le modèle d’Anthropic pour entraîner Kimi K3, une méthode qui consiste à reproduire les réponses d’un modèle plus puissant.

La distillation, bien que couramment utilisée pour créer des modèles plus petits et moins coûteux, devient problématique lorsqu’elle repose sur l’utilisation non autorisée d’un service propriétaire à une échelle suffisante pour reproduire ses capacités. Kratsios a affirmé que Moonshot avait mis en place une plateforme pour modifier régulièrement ses méthodes d’accès afin d’éviter les systèmes de détection. À ce jour, Moonshot n’a pas répondu aux accusations.

Le modèle Kimi K3 est présenté comme le plus grand modèle ouvert dans sa catégorie, avec 2 800 milliards de paramètres. Selon les tests fournis par Moonshot, K3 surpasserait le modèle Fable 5 d’Anthropic dans certaines tâches de programmation et de recherche d’information, tout en restant légèrement derrière OpenAI dans le raisonnement scientifique. Bien que ces résultats nécessitent une vérification indépendante, K3 pourrait représenter une menace pour les leaders du marché.

Moonshot a également annoncé son intention de proposer K3 à un tarif inférieur à celui de ses concurrents américains, estimant que le coût d’une tâche serait de deux à trois fois moins élevé que chez certains leaders occidentaux. Cela a provoqué une réaction immédiate sur le marché, entraînant une baisse des actions de Nvidia, AMD et Intel, ainsi que de plusieurs fabricants de puces.

Les accusations de Washington s’étendent également au matériel utilisé pour entraîner K3. Michael Kratsios a indiqué que Moonshot aurait obtenu des serveurs avec des puces Nvidia GB300 et accédé à d’autres machines installées en Thaïlande. Les États-Unis imposent depuis 2022 des restrictions sur l’exportation des puces les plus performantes vers la Chine, invoquant des risques d’utilisation militaire.

Cette affaire survient à un moment crucial pour Moonshot, qui a été fondée en 2023 par Yang Zhilin. La start-up, qui a déjà levé des fonds importants, prévoit une introduction en Bourse à Hongkong dans les six mois à venir, avec une valorisation potentielle dépassant 30 milliards de dollars. Les modèles chinois en libre accès représentent désormais environ un tiers de l’utilisation mondiale des grands modèles de langage, un chiffre en forte augmentation par rapport à 2024.

Moonshot doit maintenant répondre à la question soulevée par Washington : quelles performances proviennent de ses propres recherches et lesquelles sont le résultat d’apprentissages auprès de ses concurrents ?

Source : L’Express

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