Pourquoi Volkswagen pourrait rayer de ses effectifs l’équivalent de la population de Nancy

Volkswagen envisage de supprimer jusqu’à 100.000 emplois pour restaurer sa compétitivité

Confronté à une crise de compétitivité sans précédent, Volkswagen pourrait réduire ses effectifs de près de 100.000 salariés dans le monde. Cette décision, si elle se concrétise, équivaudrait à rayer de ses effectifs l’équivalent de la population d’une ville comme Nancy.

Le constructeur automobile allemand, affaibli par la guerre des prix dans le secteur électrique, la pression des fabricants chinois et la hausse des coûts, envisage une nouvelle vague de suppressions d’emplois. Selon Oliver Blume, le PDG de Volkswagen, une note interne indique que jusqu’à 50.000 postes supplémentaires pourraient être supprimés pour atteindre un niveau de compétitivité similaire à celui de ses concurrents.

Cette annonce, bien qu’elle ne constitue pas encore un plan social définitif, souligne l’ampleur de la transformation à laquelle le premier constructeur automobile européen fait face. Volkswagen avait déjà convenu de réduire 50.000 postes, notamment dans ses marques Audi et Porsche. Le groupe doit continuer à rationaliser ses coûts pour surmonter un handicap de compétitivité évalué à 20 % par rapport à ses rivaux.

Un modèle industriel sous pression

Volkswagen fait face à plusieurs défis. Ses marges bénéficiaires sont sous pression dans le secteur électrique, où la concurrence asiatique intensifie la guerre des prix. Le marché chinois, qui était historiquement un moteur de croissance, est devenu un point de vulnérabilité, les constructeurs locaux gagnant rapidement des parts de marché.

En parallèle, les droits de douane américains et les coûts industriels élevés en Allemagne compliquent davantage la situation. Volkswagen, qui emploie près de 700.000 personnes dans le monde, peine à adapter sa production à une nouvelle réalité automobile marquée par l’électrification et l’accélération technologique.

En 2022, le groupe a vendu près de neuf millions de véhicules, un chiffre inférieur d’environ deux millions à ses records historiques. Au cours des six premiers mois de l’année, ses ventes ont chuté de 6,3 % par rapport à l’année précédente, accentuant la pression sur la direction.

Quatre usines allemandes dans l’incertitude

L’avenir du réseau industriel allemand de Volkswagen est également en jeu. Bien qu’Oliver Blume privilégie des alternatives aux fermetures, il a reconnu que plusieurs usines, notamment celles d’Emden, Hanovre, Zwickau et Neckarsulm, pourraient ne pas être compétitives jusqu’en 2030.

La direction envisage des pistes de reconversion pour certaines usines, mais les discussions avec les représentants du personnel sont bloquées. Des sources internes indiquent que le conseil de surveillance a empêché l’adoption d’un projet stratégique visant à définir la trajectoire de réduction des coûts.

Le bras de fer avec IG Metall s’intensifie

La perspective de nouvelles suppressions d’emplois a suscité la colère du puissant syndicat IG Metall, entraînant des manifestations de plusieurs milliers de salariés. Le syndicat dénonce des mes jugées brutales et réclame davantage de transparence.

Dans une note interne, Oliver Blume a exprimé son mécontentement face aux fuites d’informations concernant les suppressions d’emplois, affirmant que cela déstabilise le personnel et nuit à l’entreprise.

Pour Volkswagen, l’enjeu ne se limite pas à la réduction des coûts. Le constructeur doit transformer son modèle industriel basé sur la puissance manufacturière allemande pour s’adapter à une nouvelle ère automobile dominée par les technologies numériques et la concurrence asiatique. Cette mutation pourrait avoir des conséquences significatives sur l’emploi, laissant des dizaines de milliers de salariés dans l’incertitude.

Source principale : AFP, Reuters

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