Afghanistan : Volker Türk dénonce le « silence assourdissant » du monde face à la répression
À me que les droits reculent en Afghanistan, l’attention internationale semble s’en détourner. C’est ce paradoxe que le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a voulu dénoncer. Dans un communiqué, il a dressé un tableau alarmant d’un pays où la répression s’enracine, la pauvreté s’étend et des centaines de milliers d’Afghans sont renvoyés de force depuis les pays voisins.
« À me que les mois passent, les autorités de facto durcissent et appliquent des mes oppressives », a déclaré M. Türk. « Pourtant, il semble que le monde ait oublié et abandonné le peuple afghan à une situation qui s’aggrave de jour en jour. Le silence est assourdissant. »
Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont progressivement exclu les femmes et les filles de nombreux aspects de la vie afghane. L’éducation, l’emploi, la liberté de circulation et la participation à la vie publique sont désormais largement restreints, accompagnés d’exigences vestimentaires strictes.
Un système d’exclusion institutionnalisé
Selon l’ONU, cette exclusion systématique est devenue « normalisée et institutionnalisée ». Environ 2,2 millions de filles et de femmes sont privées d’enseignement secondaire et supérieur. De nouvelles mes restreignent également leurs droits en matière de divorce, favorisant ainsi les mariages d’enfants et les violences à leur encontre.
Les femmes afghanes sont désormais interdites d’accès aux locaux de l’ONU, ce qui entrave l’aide humanitaire à une population dont près de la moitié dépend de cette assistance. M. Türk a qualifié de telles restrictions d’« apartheid de genre », soulignant qu’elles n’ont pas leur place dans une société moderne.
L’appareil coercitif ne cible pas uniquement les femmes. Les autorités multiplient les arrestations et les châtiments corporels pour des infractions présumées au code vestimentaire et à d’autres normes. Au moins 449 personnes ont subi des châtiments corporels au cours du premier semestre 2023.
Des violations des droits humains continuent d’être signalées contre d’anciens responsables gouvernementaux et membres des forces de sécurité, tandis que les minorités religieuses, notamment chiites et ismaéliennes, restent soumises à des restrictions. Les journalistes et les médias font face à des arrestations et à des fermetures temporaires.
Des retours forcés en pleine crise humanitaire
À cette répression s’ajoute le retour forcé de centaines de milliers d’Afghans depuis les pays voisins. Plus de 400 000 personnes ont été renvoyées, principalement depuis l’Iran et le Pakistan, dans un pays où 21,9 millions d’habitants, soit près de 45 % de la population, ont besoin d’une aide humanitaire.
Ces retours interviennent alors que les financements étrangers se contractent, réduisant la capacité des organisations humanitaires à répondre aux besoins croissants. La crise économique et sociale exacerbe les effets d’un système politique qui restreint toujours davantage les libertés fondamentales.
Pour Volker Türk, l’enjeu est d’empêcher que l’isolement diplomatique des talibans ne se transforme en abandon des Afghans. Il appelle les États, notamment ceux ayant une influence dans la région, à accroître leur pression sur les autorités de facto pour qu’elles respectent les obligations internationales.
« J’implore tous les États de reconsidérer leurs actions et de donner la priorité à la vie de la population qui souffre », a-t-il déclaré.
Cet appel survient dans un contexte où, à me que les restrictions s’institutionnalisent et que la crise humanitaire s’aggrave, l’Afghanistan disparaît peu à peu de l’agenda international. C’est ce silence que M. Türk souhaite briser.
Source : ONU

