« Vol d’eau » dans le Marais poitevin : des sabotages au profit de l’agro-industrie ?

Vol d’eau dans le Marais poitevin : des sabotages au profit de l’agro-industrie ?

Arçais (Deux-Sèvres), reportage — 10 juillet 2026 à 14h13

Dimanche 28 juin, à 1 h 30 du matin, un agent de l’Institution interdépartementale du bassin de la Sèvre niortaise (IIBSN) a été alerté par une chute du niveau d’eau dans un canal du Marais poitevin. En se rendant sur le barrage du Poissonnet, à Arçais, il a découvert une armoire électrique fracturée et des vannes ouvertes. En moins de deux heures, 100 millions de litres d’eau ont été perdus, abaissant le niveau d’eau des canaux de 8 centimètres. Trois jours plus tôt, le barrage de La Rabatière à La Ronde, situé quelques kilomètres en aval, s’était également ouvert sans effraction.

Au total, 300 000 m³ d’eau auraient été transférés du Marais mouillé vers le Marais sec, équivalant à la moitié de la mégabassine de Sainte-Soline. L’IIBSN et le Syndicat des Marais mouillés des Deux-Sèvres, propriétaire des barrages, ont déposé une plainte pour vandalisme. Selon les acteurs du dossier, ces sabotages seraient motivés par un vol d’eau en pleine sécheresse historique.

Une fuite d’eau qui profiterait aux grandes exploitations céréalières

Cette hypothèse repose sur la gestion complexe de l’eau dans le Marais poitevin. Le bassin de la Sèvre niortaise est aménagé en escalier pour descendre progressivement les 10 mètres d’altitude entre Niort et l’océan. Chaque niveau, ou bief, maintient un niveau d’eau pour soutenir les écosystèmes et les activités humaines, notamment l’agriculture et la batellerie.

Les barrages concernés se trouvent sur le bief des Bourdettes, à la frontière entre le Marais mouillé, touristique et arboré, et le Marais desséché, cultivé en maïs, colza et tournesols. Les observateurs s’accordent à dire que l’eau ainsi transférée a directement bénéficié aux exploitations céréalières de Vendée.

« Je suis désespéré de voir des individus vider une partie du Marais pour en remplir une autre : c’est illusoire ! » déclare Dominique Giret, directeur technique pour le Parc naturel régional du Marais poitevin. Les conséquences se sont fait sentir immédiatement, avec des éleveurs signalant que leurs animaux n’avaient plus d’eau à boire.

Au port d’Arçais, les bateliers ont retrouvé leurs barques à fond plat dans la vase. « Un peu d’eau a été relâchée pour remonter les niveaux, mais nous allons en manquer toute la saison », prévient Maxence, chef de quai à l’embarcadère Au Martin pêcheur.

Une guerre pour l’eau dans le marais

Dans la nuit du 30 au 31 juillet 2022, le barrage de la Cheintre-Cornue à Arçais avait déjà été ouvert illégalement, entraînant une perte de 4 à 6 cm d’eau à l’amont. L’IIBSN avait alors porté plainte, sans suite à ce jour.

« Il y a toujours eu une guerre pour l’eau entre le marais sec et le marais mouillé, mais avec les niveaux informatisés, on s’en rend compte immédiatement », explique Jean-Jacques Guillet, militant de Bassines non merci et ancien maire d’Amuré.

Les représentants de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire, ont choisi de ne pas s’exprimer sur cette affaire, affirmant que personne n’était au courant. Pendant ce temps, la faune et la flore locales subissent les conséquences de ces événements, des espèces fragiles dépendant de chaque centimètre d’eau.

Contactée, l’association Nature Environnement 17 a annoncé son intention de déposer plainte auprès du pôle régional environnemental du parquet de La Rochelle.

Source : Reporterre

Source