Violences xénophobes en Afrique du Sud : peut-on parler d'afrophobie ? | TV5MONDE

Violences xénophobes en Afrique du Sud : peut-on parler d’afrophobie ?

L’Afrique du Sud connaît une nouvelle vague de violences ciblant les personnes migrantes africaines, accompagnée de discours xénophobes de plus en plus ouverts. En réponse, les gouvernements du Ghana et du Nigeria ont dénoncé ce qu’ils appellent « l’afrophobie » liée à ces événements. Ce terme désigne-t-il une réalité spécifique ?

Le 17 juillet, les ministres des Affaires étrangères du Ghana et du Nigeria ont évoqué les « récentes manifestations et incidents afrophobes » dirigés contre des ressortissants africains en Afrique du Sud, selon un communiqué du ministère nigérian. Ils ont condamné toutes les formes de xénophobie, d’afrophobie, d’intolérance et de violence à l’égard de leurs « frères africains ». Les deux ministres ont également souligné l’importance de « réponses régionales et continentales urgentes et coordonnées » pour aborder les causes sous-jacentes de ces tensions, demandant que la question de l’afrophobie soit discutée lors du prochain sommet de l’Union Africaine prévu début 2027.

Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud est secouée par des violences visant les immigrés sans papiers, entraînant la fuite de dizaines de milliers d’entre eux. Au moins 150 000 étrangers ont quitté le pays récemment, selon un décompte de l’AFP basé sur les chiffres fournis par des pays africains ayant rapatrié leurs ressortissants. Le Nigeria a évacué 1 490 de ses ressortissants, tandis que le Ghana a rapatrié au moins 926.

Plus tôt ce mois-ci, le Ghana a reporté une visite prévue du président sud-africain Cyril Ramaphosa à Accra. De son côté, la République Démocratique du Congo a annoncé le rapatriement volontaire de 121 ressortissants depuis l’Afrique du Sud, en raison des violences xénophobes survenues début mai.

L’Afrique du Sud, première économie du continent, est depuis longtemps une destination pour les travailleurs africains, qu’ils soient en situation régulière ou non. Le pays a connu des vagues récurrentes de violences xénophobes depuis 2008, année où des dizaines de migrants ont été tués et des milliers d’autres déplacés. Selon l’agence de statistiques, environ 3 millions d’étrangers, représentant 5,1 % de la population, résident dans le pays.

Le 16 juillet, la police sud-africaine a arrêté 69 personnes après qu’une manifestation anti-migrants a dégénéré en pillages et en violences. Divers partis politiques et mouvements xénophobes sont à l’origine de ces rassemblements, où les migrants sont accusés d’alimenter la criminalité et de « voler les emplois » des Sud-Africains, un discours qui pourrait entraîner davantage de violences dans les townships.

Le politologue Sandile Swana a noté que cette situation représente « une nouvelle forme de violence de Noirs contre d’autres Noirs », détournant l’attention des véritables responsables de la crise économique. Il souligne également que la loi n’est pas appliquée contre les groupes d’autodéfense illégaux et contre l’afrophobie en Afrique du Sud.

L’afrophobie, selon le chercheur Tangang Meli Loumgam, est une forme de haine et de mépris envers les Noirs, qui peut cibler spécifiquement les Africains. Elle se manifeste par des préjugés, des blagues cyniques et des discriminations. Ce concept a été emprunté au philosophe Jacob E. Mabe, qui définit un afrophobe comme « un ennemi résolu et juré de l’Afrique ».

En conclusion, l’afrophobie peut également désigner des discriminations au sein même du continent africain. Faisal Garba, sociologue à l’université du Cap, analyse cette dynamique comme une diversion politique, où les migrants sont désignés comme boucs émissaires dans une société profondément inégalitaire.

L’afrophobie, enracinée dans des conceptions exclusives de la citoyenneté et de l’appartenance, doit être combattue par une solidarité continentale plus forte, plutôt que par une hostilité réciproque.

Source : TV5MONDE

Source
Leave a Comment

Comments

No comments yet. Why don’t you start the discussion?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *