Violences sexuelles sur mineurs : « Il faut un Grenelle de l’enfance victime, avec des engagements concrets »
Après le calvaire vécu par la jeune collégienne Lyhanna, qui a profondément marqué la société française, l’association France Victimes appelle à la tenue d’un Grenelle national de l’enfance victime. Cette initiative vise à garantir des solutions concrètes et des engagements sociétaux immédiats pour protéger les mineurs.
L’émotion suscitée par cette tragédie est immense et légitime. Face à un tel contexte, il est crucial que tous les acteurs de la protection et de l’accompagnement des enfants victimes se mobilisent autour d’un Grenelle consacré aux crimes commis contre les mineurs.
Les chiffres sont accablants
Les statistiques concernant les violences faites aux mineurs sont alarmantes. En 2025, les services de police et de gendarmerie ont enregistré 114 500 mineurs victimes de violences physiques et 76 200 victimes de violences sexuelles, selon le ministère de l’Intérieur. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) estime que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, et que 5,4 millions d’adultes portent encore les bless de ces violences subies durant leur enfance. Le coût de cette pédocriminalité est estimé à près de dix milliards d’euros par an.
La nécessité d’une réponse coordonnée
Le diagnostic est clair : les solutions existent, mais leur mise en œuvre est insuffisante. La réponse publique demeure fragmentée entre des ministères agissant en silo, des départements débordés, une aide sociale à l’enfance en crise, et une justice submergée. France Victimes, qui regroupe 130 associations locales d’aide aux victimes, réclame un Grenelle sur les crimes contre les mineurs, englobant meurtres, viols, actes de torture, enlèvements, et cyberpédocriminalité. Un suivi indépendant et transparent s’impose pour rendre des comptes régulièrement.
Quatre engagements préalables
Pour que ce Grenelle soit efficace, quatre engagements préalables sont jugés non négociables :
Mobilisation coordonnée de toutes les parties prenantes : État, justice, santé, affaires sociales, forces de l’ordre, éducation nationale, départements, communes, et associations.
Mise en œuvre des propositions visant à repérer, protéger et accompagner les mineurs victimes.
Respect de la parole de l’enfant et repérage systématique des violences.
Un budget pluriannuel, défini et sanctuarisé.
La nécessité de lieux adaptés
Il est impératif que la parole de l’enfant soit entendue dans des lieux sécurisés, afin de garantir la validité de son témoignage. Le développement des Unités d’accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED) et des salles adaptées pour recueillir les témoignages dans un environnement rassurant est essentiel. Ces espaces doivent être accessibles sur tout le territoire et fonctionner en permanence, y compris en urgence.
Renforcer l’accompagnement
Le renforcement de l’accompagnement des victimes est crucial. Cela passe par la mise en œuvre d’évaluations personnalisées de la situation des mineurs victimes et la désignation d’un administrateur ad hoc pour chaque révélation. De plus, le repérage des violences par les professionnels de santé doit être inscrit dans les recommandations de la Haute Autorité de santé.
Transformer une indignation en politique publique
Protéger l’enfance victime ne se limite pas à la punition des auteurs. Il est nécessaire de repérer, juger sans délai, soigner les traumatismes et reconstruire. La République a déjà montré qu’elle pouvait transformer une indignation en politique publique. Elle doit le faire encore une fois pour ses enfants, afin que ce Grenelle ne soit pas une simple cérémonie, mais un véritable engagement.
Source : France Victimes