Violences sexuelles sur mineurs : « Il faut un Grenelle de l’enfance victime, avec des engagements concrets »
Après le calvaire vécu par la jeune collégienne Lyhanna, qui a profondément marqué l’opinion publique, l’association France Victimes appelle à l’organisation d’un Grenelle national de l’enfance victime. Cette initiative doit impérativement aboutir à des solutions concrètes et à un engagement sociétal fort.
L’émotion suscitée par ce drame est légitime. Elle appelle à une mobilisation générale des acteurs de la protection et de l’accompagnement des enfants victimes, afin de se rassembler autour d’un Grenelle des crimes commis contre les mineurs.
Les chiffres sont accablants
Les statistiques sont alarmantes. En 2025, 114 500 mineurs ont été recensés comme victimes de violences physiques, tandis que 76 200 ont subi des violences sexuelles, selon le ministère de l’Intérieur. La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) estime que 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, et que 5,4 millions d’adultes portent les séquelles de tels actes depuis leur enfance. Le coût de cette pédocriminalité est évalué à près de dix milliards d’euros par an.
La nécessité d’une réponse coordonnée
Le constat est clair : bien que des textes législatifs existent, tels que la Loi Taquet et la loi de mars 2024 sur les enfants victimes de violences intrafamiliales, l’efficacité des actions reste à désirer. Les ministères agissent souvent de manière isolée, tandis que les départements et les associations d’aide aux victimes sont débordés.
France Victimes, qui regroupe 130 associations locales, réclame un Grenelle pour aborder toutes les formes de crimes contre les mineurs, notamment les meurtres, viols, actes de torture, enlèvements, et cyberpédocriminalité. Un suivi indépendant, transparent et annuel est jugé essentiel pour garantir la responsabilité des actions entreprises.
Quatre engagements préalables
Pour que ce Grenelle soit efficace, quatre engagements non négociables sont nécessaires :
Mobilisation de toutes les parties prenantes : L’État, la justice, la santé, les affaires sociales, les forces de l’ordre, l’éducation nationale, les départements, les communes et les associations doivent collaborer sans angles morts.
Mise en œuvre des propositions : Cela inclut le repérage, la protection et l’accompagnement des mineurs victimes.
Respect de la parole de l’enfant : Un repérage systématique des violences doit être instauré.
Budget dédié : Un budget pluriannuel, défini et sanctuarisé, doit être annoncé dès le début des discussions.
La nécessité de lieux adaptés
Il est crucial que la parole des enfants soit recueillie dans des conditions sécurisées pour établir des preuves contre les auteurs d’infractions. Cela implique le développement d’Unités d’accueil pédiatrique pour enfants en danger (UAPED) et de salles adaptées, permettant de recueillir les témoignages dans un environnement rassurant. Ces structures doivent être accessibles sur l’ensemble du territoire, y compris en cas d’urgence.
Renforcer l’accompagnement
Il est impératif de renforcer l’accompagnement des victimes à long terme, avec des évaluations personnalisées de leurs besoins et la désignation d’administrateurs ad hoc pour protéger les mineurs. Le repérage des violences par les professionnels de santé doit être inscrit dans les recommandations de la Haute Autorité de santé.
Transformer une indignation en politique publique
La protection de l’enfance victime ne se limite pas à la répression. Elle implique également le repérage, le jugement rapide, le soin des traumatismes et la reconstruction des victimes. La République a déjà prouvé qu’elle pouvait transformer une indignation en politique publique. Il est temps qu’elle le fasse à nouveau pour ses enfants.
Source : France Victimes.
