Mozambique : Cabo Delgado, une flambée de violences sexuelles ignorée
D’après un rapport des Nations Unies, non publié, le Cabo Delgado connaît une augmentation alarmante des violences sexuelles depuis le début du conflit en 2017. Cette région, riche en ressources naturelles, est le théâtre de violences perpétrées par le groupe terroriste shebab ainsi que par les Forces armées mozambicaines. Les femmes, en particulier, sont les principales victimes de cette situation. Cet article fait partie de l’enquête « Mozambique Exposed » coordonnée par Forbidden Stories, à laquelle RFI a contribué.
Ce matin de mars 2021, Olessa Ibrahimou, mère de cinq enfants, est réveillée par des tirs dans son village près de Palma. Des hommes armés font irruption et séparent les enfants des adultes. Olessa, enceinte, est épargnée, mais ses deux filles de 15 et 17 ans sont enlevées. Depuis, elle vit à Pemba, capitale du Cabo Delgado, dans une précarité extrême. Une voisine, échappée des mains des assaillants, lui a appris que sa plus jeune fille avait eu un enfant.
Un rapport de l’UNFPA (Fonds des Nations Unies pour la population), daté de 2024 et intitulé « Les voix du Mozambique », documente des histoires similaires à celle d’Olessa. Entre janvier et avril 2024, l’UNFPA a interrogé plus de cent personnes dans sept des seize districts du Cabo Delgado. Les témoignages révèlent une flambée de violences sexuelles depuis le début du conflit, avec des cas d’enlèvements et de trafic humain.
Les violences à l’encontre des femmes sont variées : enlèvements, mariages forcés, esclavage, et discrimination. Les femmes capturées par les shebabs sont souvent utilisées comme boucliers humains ou soumises à des violences sexuelles. Une assistante sociale a rapporté que les filles enlevées sont mises en ligne pour que les hommes armés fassent leur choix. Les femmes qui réussissent à s’échapper font face à l’opprobre de leurs communautés.
Le rapport de l’UNFPA met également en lumière des abus commis par les Forces armées mozambicaines (FADM). Des cas de viols et d’attouchements sont signalés, illustrant une impunité généralisée. Des témoins affirment que les FADM abusent de leur pouvoir, créant un climat de peur au sein des communautés.
Parallèlement, le rapport signale une hausse de la prostitution, notamment parmi les populations déplacées. De nombreuses femmes, ayant perdu leur soutien familial et leurs moyens de subsistance, se voient contraintes de se prostituer pour survivre. La situation est aggravée par le boom gazier attendu dans la région, qui a attiré des hommes d’affaires, accusés d’exploiter sexuellement des femmes en échange de promesses d’emploi.
Le rapport, bien que non publié, a été utilisé pour développer des programmes humanitaires visant à lutter contre les violences basées sur le genre. Un porte-parole de l’UNFPA a affirmé que sa finalisation pour un public externe n’avait pas été une priorité, malgré la méthodologie utilisée, similaire à d’autres études publiées.
En 2024, le retrait des troupes de la Mission des forces de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) a coïncidé avec une augmentation de 36 % des attaques meurtrières par rapport à 2023, selon l’ONG Acled.
Source : RFI, rapport de l’UNFPA.
